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Anes et Mulets

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étendard d'Ur, face de la paix : en bas, équidés


fou rire d'âne de Béotie, terre cuite du Cabirion,
musée de Münich, ph. MathiasKabel (f.wiki.com.)
APERCU DE L'HISTOIRE DES ANES ET DES MULETS (ChapitreXIV)

La plupart des naturalistes modernes ont longtemps attribué une origine asiatique à tous les ânes domestiques; ils les croyaient issus des prétendus onagres ou ânes sauvages de l'Asie, déjà signalés par les anciens et dont des troupeaux plus ou moins nombreux se rencontrent encore aujourd'hui en liberté depuis l'Altaï septentrionale jusqu'aux régions méridionales de l'Asie.

Puis, en 1862,
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a admis que la patrie primitive de l'âne est

"partie en Asie, partie en Afrique,"
parce que, suivant lui,
"l'onagre s'étend de l'Asie jusque dans le nord-est de l'Afrique."
(Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Hist. nat. génér. des règnes organ., t. III, p. 78-80.)

Mais, dès 1869, M. H. Milne Edwards considérait

" comme bien démontré que l'âne est une espèce essentiellement africaine, qui ne s'est répandue en Asie qu'à l'état domestique, car tout ce que les anciens ainsi que les voyageurs modernes, ont dit des ânes sauvages, ou onagres, de la Syrie, de la Perse, etc., est applicable à l'Hémippe, au Gour, au Ghor-Khur, au Kiang ou Dshiggetei, c'est à dire à diverses variétés de l'Equus hemionus et non à l'Equus asinus.
Le cheval, au contraire, paraît une espèce originaire de l'Asie centrale et d'une partie de l'Europe.
Or il est présumable que la domestication de l'âne a été effectuée en Afrique, probablement dans le haute Egypte, ou dans une contrée voisine, tandis que celle du cheval a dû avoir lieu dans la région occupée par les peuples
indo-germaniques.
Si la civilisation de l'Asie centrale et de l'Europe avait
précédé de beaucoup celle de l'Egypte, on aurait pu supposer que les anciens Egyptiens avaient reçu de l'étranger des chevaux dressés avant d'avoir su dompter l'âne, qui vivait près d'eux à l'état sauvage; mais rien ne nous autorise à supposer qu'il en fut ainsi, et, suivant toute probabilité, les habitants de l'Egypte ont dû faire usage de l'espèce indigène, c'est à dire de l'âne, avant de se servir du cheval, qui est une espèce exotique et qui n'a jamais pu arriver en Afrique qu'à l'état d'animal domestique." (Milne Edwards, dans les Comptes rendus de l'Acad.des sc.,t.LXIX, 1869, p. 1259)

On a vu dans le chapitre IX que le cheval n'a en effet été utilisé en Egypte que longtemps après l'âne, et M. George a développé, dans ses Etudes zoologiques précitées sur les hémiones, la thèse de M. Milne Edwards sur l'origine africaine de l'âne.
Ainsi, M. George montre dans son paragraphe 3 qu'aujourd'hui les véritables ânes sauvages se rencontrent seulement en Abyssinie, où ils vivent en troupes nombreuses avec une robe d'un gris ardoisé, la raie cruciale ou dorso-scapulaire noire, et quelques zébrures noires, irrégulières, vers la région inférieure des membres.
Or, tout en admettant qu'une partie de ces ânes puisse descendre de sujets marrons, il faut avouer qu'on trouve dans leur robe, qui est identique chez tous les sujets, l'un des principaux caractères des races sauvages.
Chez les ânes sauvages d'Abyssinie,

" la portion interorbitaire de la région frontale est fort bombée transversalement, " suivant M. George (§3);

c'est précisément l'un des caractères typiques de la race asine domestique à laquelle M. Sanson a donné le nom de race africaine ou d'Egypte.

M. George étudie ensuite, dans les paragraphes
4 et 8, les diverses variétés d'Equidés asiatiques auxquelles on a si souvent donné le nom d'ânes sauvages, et il arrive à ces conclusions dans le paragraphe 9 :

" Nous voyons que tous les Solipèdes asiatiques dont les voyageurs et les naturalistes des temps modernes parlent sous le nom d'ânes sauvages sont en réalité des Hémiones et que de nos jours l'Ane, proprement dit, n'a été trouvé à l'état sauvage que dans le nord de l'Afrique.
En était-il toujours de même, et les ânes domestiques, répandus en si grand nombre dans l'Asie Mineure, dans la Perse, dans l'Inde et dans d'autres parties de l'Asie, sont-ils d'origine étrangère, ou bien y avait-il jadis dans ces contrées des Onagres proprement dits, dont tous les descendants auraient été réduits en domesticité?
Cette dernière hypothèse me paraît peu probable dans un pays où la population est rare et où les déserts ainsi que les steppes et les montagnes offrent de nombreux refuges pour les animaux rapides à la course."
(N.: C'est le cas de rappeler que le proverbe: "Opiniâtre comme un âne rouge," fait allusion aux cardinaux de l'Eglise romaine, et non à de vrais ânes. Voyez Leroux de Lincy, Le livre des proverbes français, in-8, Paris, 1859, tome I, p. 143.)

Ces considérations rendent déjà très probable qu'il n'a pas plus existé d'ânes sauvages en Asie dans l'antiquité qu'aujourd'hui, et par conséquent que la race asine orientale a été domestiquée dans la vallée du haut Nil, par les indigènes de cette région, c'est à dire par les Nubiens ancêtres des anciens Egyptiens.

Le fait est confirmé par une déduction philologique qui paraît avoir échappé à tous les philologues et qui n'en est pas moins décisive.

En effet, la robe des hémiones est d'un fauve plus ou moins ardent suivant les races; elle est même complètement rousse chez le kiang, tandis que, chez les ânes, la robe est d'un gris souris plus ou moins foncé, qui passe au noir mal teint chez certains sujets, au blanc bleuâtre chez d'autres; mais elle n'est jamais fauve ni rousse chez aucun âne libre ni chez aucun âne domestique.

Or les anciens Egyptiens désignaient l'âne par le seul nom que les égyptologues prononcent
âa, qui est purement égyptien et qui signifie l'animal au grand pénis, au lieu que dans tous les dialectes sémitiques anciens et modernes, hébreu, syriaque, arabe, etc., le nom populaire de l'âne est hamar (en assyrien iméru), qui signifie rouge, fauve ardent.

On est forcé d'en conclure que ce nom s'appliquait d'abord exclusivement à l'hémione, propre au pays des Sémites, et que ceux-ci ont ensuite donné ce nom à l'âne, d'origine étrangère; car il est évident que si l'âne eût été naturel au pays des Sémites, c'est à dire au sud-ouest de l'Asie, ils n'eussent pas donné à cet animal le nom de hamar, lequel dénote une couleur qui n'existe jamais chez les ânes.
Cela prouve en outre que les anciens Sémites ont confondu spécifiquement les hémiones et les ânes, comme les autres peuples anciens et comme la plupart des naturalistes et voyageurs modernes.

Ce sont par conséquent les hémiones que
Xénophon a chassé en Mésopotamie, bien qu'il désigne sous le nom d'ânes sauvages ces animaux, dont il vante la délicatesse de la chair et la vélocité, dans la Retraite des dix mille (I, 5).
Au reste, on voit une chasse aux équidés sauvages dans une bas-relief assyrien du British Museum reproduit par
Victor Place dans Ninive et l'Assyrie, planche 54.
Ces animaux, percés de flèches et poursuivis par des chiens, sont des hémiones très bien représentées et non des ânes.

Piétrement 1882


ph. BM




figurines du moyen Empire égyptien (MMA)


.
Il est donc permis d'afficher aujourd'hui que la race asine domestique orientale n'est pas d'origine asiatique, qu'elle est originaire de la région du haut Nil.

M. Sanson a par conséquent eu raison de l'appeler race d'Egypte ou Equus asinus africanus.

Quant aux ânes naturels au centre Hispano-Atlantique, on a vu à la page 43 que, dès 1871, M. Sanson en avait fait une race distincte, la race asine européenne ; et, leur aire géographique restreinte ne laissant aucun doute sur leur berceau, nous n'insisterons pas sur la question.

Dans ses
Origines indo-européennes, t.Ier, p. 353-355, Pictet montre que le grec "onos", le latin asinus, le français âne, et les noms analogues des dialectes aryens anciens et modernes de l'Europe, proviennent tous de l'un des noms sémitiques de l'âne, et il en conclut que ce sont les Sémites qui ont domestiqué cet animal.
On vient de voir que sa conclusion est erronée.
On peut seulement inférer, de son document philologique, qu'après avoir reçu la race asine orientale des Egyptiens, les Sémites l'ont transmise aux rameaux aryens, qui l'ont fait pénétrer en Europe en même temps que leurs dialectes et leur civilisation.

Plusieurs documents indiquent d'ailleurs qu'aucune race asine n'est originaire des régions septentrionales de l'Ancien Continent.
Ainsi, par exemple, nous ignorons à quelle époque les ânes ont pénétré en Chine; mais nous savons de l'empereur Ling-ti (168-189) que,

"par une fantaisie stupide, il substitua des ânes aux chevaux qui étaient à son usage, se promenant dans l'enceinte de son palais, et allant aux appartements de ses femmes sur un char attelé de ces nobles animaux. Et comme en Chine la cour donne le ton à tout l'empire, les chevaux tombèrent à vil prix, et toute la nation des employés du gouvernement ne se fit plus traîner en voiture que par des ânes." (Pauthier, Chine, p.267.)

Nous savons également, par les publications des voyageurs, notamment par celles du Père Huc précitées, qu'aujourd'hui les ânes supportent parfaitement le climat du Thibet et des provinces septentrionales de la Chine.
Mais il n'en est pas moins vrai, on l'a vu dans le chapitre V, §2
hab2, que l'âne n'est pas l'un des six animaux qui furent domestiqués par les Proto-Mongols, ancêtres des Chinois, dans la partie de la Mongolie qui est située au nord des Monts-Célestes, entre l'Alatau et le désert de Gobi.

Il n'y a pas lieu d'en être surpris, car de nos jours encore il paraît n'y avoir que peu ou pas d'ânes dans cette partie de la Mongolie; c'est du moins ce que font supposer les récits des voyageurs, qui y signalent de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches, de chameaux et de chevaux, mais qui ne font aucune mention des ânes.

Après avoir parlé du climat rigoureux de la Scythie, notamment de celui du Bosphore Cimmérien,
Hérodote ajoute, IV,28:

" Les chevaux s'acclimatent à cet hiver et le supportent; les ânes et les mulets ne peuvent y résister; "

et il revient plus loin sur ce fait, IV, 129, à propos de l'expédition de Darius en Scythie:

" Je vais parler d'un singulier auxiliaire des Perses, singulier adversaire en même temps des Scythes, lorsqu'ils attaquaient le camp ennemi. C'était le braiement des ânes et l'aspect des mulets. Car la Scythie ne produit ni mulets ni ânes, comme je l'ai fait voir précédemment.
Il n'y a dans la contrée entière pas un seul âne, pas un seul mulet, à cause du froid.
Les ânes donc, quand ils étaient en joie, troublaient la cavalerie des Scythes; souvent, tandis qu'elle chargeait, les chevaux, à moitié chemin du camp, venant à entendre les ânes braire, s'effarouchaient, se retournaient, et dans leur surprise dressaient les oreilles, comme des chevaux qui n'avaient jamais entendu pareils cris ni vu pareils formes. Mais ce fut de peu de conséquence dans cette guerre."

Aristote dit aussi:

" L'âne supporte difficilement le froid, aussi n'y a-t-il point de ces animaux dans le Pont ni dans la Scythie";
et plus loin:
"Souvent la température du climat est cause de ces variétés (dans la taille). Par exemple, dans l'Illyrie, la Thrace et l'Epire, les ânes sont petits; dans la Scythie et dans la Celtique, il n'y en a point du tout, parce que le froid est trop rigoureux."
(Aristote, Histoire des animaux, VIII, 25 et 28

Strabon dit également, VII, III, 18:

" La température est extrêmement rigoureuse dans tout le pays situé au-dessus de la côte comprise entre le Borysthène et l'embouchure du Mæotis et sur les points les plus septentrionaux de la côte elle-même, c'est à dire à l'embouchure du Mæotis, et plus encore à l'embouchure du Borysthène et au fond du golfe Tamyracès ou Carcinitès, dans le voisinage de l'isthme de la grande Chersonnèse. On retrouve là, malgré l'absence de montagnes, tous les caractères des contrées les plus froides : ainsi les habitants ne peuvent pas élever d'ânes, animal, comme on sait, très sensible au froid."

Les Grecs du temps d'Aristote désignaient sous le nom de Celtique toutes les régions situées au nord des Pyrénées et des Alpes; ils n'avaient que de vagues notions sur ces contrées; mais le renseignement d'Aristote sur l'absence d'ânes dans le nord-ouest de l'Europe n'en est pas moins digne de foi; car l'Equus caballus est encore le seul Equidé que Linné ait signalé dans la faune de Suède en 1761 (Voyez Linné, Fauna suecica, editio altera, auctior; 1 vol. in-8, Stockhom, 1761, p. 15-16.); et l'on a vu aux pages 588-589 ac3a que, du temps de Diodore, c'étaient les chevaux qui étaient employés comme bêtes de somme pour transporter l'étain des côtes de la Manche à l'embouchure du Rhône; ce qui montre encore trois siècles après Aristote, l'absence ou tout au moins l'extrême rareté des ânes et des mulets chez les Gaulois du Littoral de la Manche.

Quant au littoral de la mer d'Azof ou Palus Mæotide et de la partie septentrionale de la mer Noire, les Grecs le connaissaient parfaitement par leurs colonies établies en Crimée de temps immémorial, et l'on ne saurait par conséquent révoquer en doute les affirmations d'Hérodote, d'Aristote et de Strabon sur l'absence d'ânes dans ces régions.

Il est toutefois certain que, dès l'époque d'Aristote, l'âne était acclimaté dans quelques-unes des parties les plus tempérées de l'Europe moyenne, puisq'on lit dans les
Stratagèmes de Frontin (II,IV, 20):

"Athéas, roi des Scythes, combattant contre les Triballiens, qui le surpassaient en nombre, envoya les femmes, les enfants, et tout ce qu'il y avait de gens sans armes, avec les ânes et les boeufs, paraître sur les derrières de l'ennemi, tenant la pique haute; et il fit répandre le bruit que c'était un renfort qui lui arrivait du fond de la Scythie. Ce stratagème fit retirer l'ennemi."

Or on sait par Justin (IX, 2) que cet Athéas était contemporain de Philippe, père d'Alexandre le Grand.

Piétrement 1882

 
Néanmoins, l'âne est encore loin d'occuper aujourd'hui toute la région septentrionale de l'Ancien Continent, car on lit dans l'ouvrage de
M. de Ujfalvy:
" J'ai pu m'assurer que l'âne vit et se reproduit à Orenbourg et à Sémipalatinsk, par une température de - 26°R. A Omsk, l'âne est un animal de luxe; il n'y vit qu'avec beaucoup de soins; " (Ujfalvy, Expéd. scient. française en Russie, etc., t. II, p. 56)

et, d'après un renseignement oral de ce savant voyageur, il n'existait que cinq ânes à Omsk lors de son passage dans cette ville, où ils n'étaient pas acclimatés et où les ânes sont incapables de travailler.

Les tableaux statistiques officiels rapportés par M. Ujfalvy donnent aussi de précieux renseignements.
On y voit figurer 78 357 chevaux contre 3361 ânes et mulets dans le district de Kouldja
(id, t. I, p.147 ), 392 150 chevaux contre 31 264 ânes et mulets dans le gouvernement de Syr Daria ( id, t. II p.65. ) et 415 660 chevaux contre 12 ânes et mulets dans le gouvernement de Sémiretché ou des Sept-Rivières. ( id,t. II, p. 116. - 5.)
Ces tableaux prouvent donc que les ânes sont encore relativement très rares aujourd'hui dans les provinces septentrionales du Turkestan.
Le dernier nombre est surtout très remarquable, puisqu'il montre l'absence presque complète d'ânes dans le gouvernement de Sémirétché, qui est précisément le plus montagneux et le plus froid de tout le Turkestan.

On peut inférer de tous ces documents que les Aryas n'ont pas plus connu l'âne dans leur première patrie que les Proto-Mongols dans la leur, et la philologie comparée a conduit Pictet à penser que les Aryas n'ont pas domestiqué l'âne, bien qu'il est admis que l'âne sauvage ou onagre était naturel à leur première patrie (Voyez Pictet, Orig. ind.-europ., p. 353-356.), conformément aux idées zoologiques erronées qui ont été réfutées plus haut.

Aussi l'âne ne figure-t-il nullement parmi les animaux offerts en sacrifice par les héros de l'Avesta, et n'avons-nous remarqué qu'un seule mention de cet animal dans ce livre.

C'est au chapitre VII, verset 110 du vendidad, à propos des honoraires attribués par la loi mazdéenne au médecin qui soigne la femme d'un chef de
nmâna ou maison; mais on sait que, à l'époque où naquit le mazdéisme de Zoroastre, les Iraniens possédaient déjà les provinces septentrionales de la Perse, où les ânes avaient pénétré dès la plus haute antiquité, puisqu'on a vu à la page 394 Téglathphalasar Ier en capturer dans le pays de Naïri, vers les sources du Tigre et de l'Euphrate.

Le nom par lequel le Vendidad désigne l'âne est
khara, et c'est aussi celui dont se sert le Véda pour désigner l'âne qu'on a vu, à la page 223, ha6 attelé au char des Açvins.

Dans ses
Origines indo-européennes, (t.Ier, p.355), Pictet présume que le mot khara est peut-être d'origine sémitique.
S'il en était ainsi, ce serait une nouvelle preuve que les Aryas ont reçu l'âne des Sémites.
Mais, dans une lettre datée du 24 décembre 1868, M. Emile Burnouf nous dit au contraire que
khara lui semble être un mot purement aryen.
Cette dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable, parce que l'Avesta et le Veda se servent tous les deux du mot
khara pour désigner l'âne, et que, dans le patois briard en partie issu du celtique, khara est une expression ironique désignant un mauvais cheval.
Nous en inférons que
khara a d'abord été le nom de l'hémione et que les Aryas l'ont ensuite appliqué à l'âne après avoir reçu ce dernier des Sémites, de même que les Sémites ont donné le nom de hamar à l'hémione, puis à l'âne après avoir reçu ce dernier des anciens Egyptiens. Lanimal attelé au char des Açvins, dans l'hymne de l'Açvamêdha, peut d'ailleurs être une hémione, un animal indompté, puisqu'on a vu que ce sont des biches qui traînent le char des Marouts dans le même hymne.

L'âne a toutefois pénétré de bonne heure dans l'Inde, sans doute avec les Koushites, et la loi de Manou ne laisse aucun doute sur l'antiquité de son utilisation chez les Hindous.
Ainsi,par exemple, elle défend au Brahmane de lire sur un âne
(IV, 120); elle déclare que les Tchandâlas et les Swapâkas

" ne doivent posséder pour tout bien que des chiens et des ânes" (X, 51);

elle prescrit au Dwidja qui a violé le voeu de chasteté de sacrifier un âne borgne ou noir à Nirriti, de se couvrir de la peau de cet âne et, pendant un an, de mendier chaque jour dans sept maisons en proclamant son péché (XI, 118-123).

Piétrement 1882



défilé des tributaires indiens
(escalier nord de l'Apadana du palais de Darius à Persépolis). (ph Livius, original)

 
Nous n'avons pas à revenir sur les faits exposés dans les chapitres précédents et qui ont incidemment montré les ânes utilisés chez les Hébreux dès l'époque d'Abraham, en Assyrie et dans les pays voisins dès le règne de Téglathphalasar Ier, en Grèce du temps d'Hésiode, puisqu'il y signale l'habitude de châtrer les mulets, et tout le monde connaît ce passage d'Homère:
" Ainsi Ajax, l'âme navrée, s'éloigne des Troyens, bien à regret, car il craint pour la flotte des Grecs.
Tel un âne, aux pieds lents, entre dans un champ de blé, malgré les enfants qui le gardent; ils accourent, ils brisent sur son dos leurs bâtons; mais il ne cesse pas de paître, car leurs mains sont débiles; et à peine leur cède-t-il lorsqu'il est rassasié: ainsi le fils de Télamon est assailli sans relâche par les fiers Troyens et leurs auxiliaires. "
( Iliade, chant XI, p 158)

Le Grand Papyrus Harris montre Ramsès III soumettant le Pount et le Tonouter ou Arabie méridionale, puis il ajoute :

"Leurs fils, les chefs du Tonouter, vinrent eux-mêmes en Egypte avec leurs tributs; ils arrivèrent sains et saufs au pays de Coptos, et abordèrent en paix avec leurs richesses.
Ils les portèrent en caravanes d'ânes et d'hommes et les chargèrent dans des barques sur le fleuve, au port de Coptos."
(Mariette, Hist. anc., p. 265)

L'inscription précitée, dans laquelle Méneptah Ier raconte sa victoire sur les Maschouasch et les Libyens (Rebu ou Lebu), contient ce passage :

" Au milieu du combat, le vil chef de Rebu s'arrêta terrifié, le coeur lui manqua... Il perdit tous ses joyaux d'or et d'argent, tous ses ustensiles de bronze, les parures de sa femme, ses meubles, ses arcs, ses épées, et tout ce qu'il avait apporté avec lui de son pays, ses boeufs, ses chèvres et ses ânes." (De Rougé, Mém. sur les attaques dirig. contre l'Egypte par les peuples de la Méditeranée, dans la Revue archéologique, t. XVI, 1867, p. 41.)

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