EPOREDO


accueil

index alphabétique

page précédente

ANTIQUITE

expansions, dispersions, métissages

Sémites



plan

page suivante

Arabes

 

 

 

dromadaires en bronze,
Arabie du Sud
(1er à 3ème s.) (Lo)

     
 
LES CHEVAUX EN ARABIE (chap VIII) § 1 (suite)

Absence initiale des chevaux de la péninsule arabique

haute antiquité hac3
ensuite e1 - e2

....., à la page 104, Perron fait allusion à plusieurs migrations arabes anté-islamiques [...]

Il avoue du reste que la plus ancienne des susdites migrations est celle des Sabéens et des Kahlanides de l'Yémen qui vinrent fonder le royaume arabe de Hira dans la Babylonie; et nous devons dire tout de suite que cette migration commença sous le règne d'Amrou-ben-Amer, à l'époque de l'inondation causée par la rupture de la digue de Mareb, dans la première moitié du IIe siècle de notre ère: vers l'an 140 d'après Silvestre de Sacy, vers l'an 120 selon Caussin de Perceval (Voyez Noël Desvergers, Arabie, p 64; Caussin de Perceval, Hist des Arabes, t. I, p 83-88).
A ceux qui s'étonneraient qu'une telle incertitude fût possible sur une date si importante dans l'histoire des Arabes, et relativement si récente, nous rappellerions ce que M.
Renan a déjà dit sur l'Arabie:

"Elle n'a pas de haute antiquité, elle est si jeune dans l'histoire que le VIe siècle est son âge héroïque et que les premiers siècles de notre ère appartiennent pour elle aux ténèbres des temps anté-historiques. (Voyez Renan, Hist. gén. des lang. sémit., p 104)

Masoudi ou Massoudi dans les Prairies d'or, Abou-Bekr-ibn-Bedr dans le Nacérie2, ont parlé de la migration d'Amrou-ben-Amer, et la comparaison de leurs récits ne sera pas inutile pour le but que nous poursuivons.

Silvestre de Sacy a publié dans le tome XLVIII des Mémoires de l'Académie des inscriptions, un long extrait des Prairies d'or de Massoudi; et il a donné la traduction de cet extrait aux pages 627-644.
Masoudi raconte la construction de la digue de Mareb, qui permit d'irriguer le pays, de le fertiliser à ce point que

"un voyageur, soit à pied, soit à cheval,"

pouvait le parcourir d'une extrémité à l'autre sans ressentir les ardeurs du soleil (page 629).

Il dit que le roi Amrou-ben-Amer, surnommé
Mozaïkia, ou le déchireur, avait près de lui un frère devin qui s'appelait Amran, et une femme devineresse nommée Dharifat-alkaïr, laquelle prévint à temps le roi de prendre ses précautions contre une inondation prochaine que déterminerait la rupture de la digue; puis il ajoute aux pages 640-642:

"Quand Amrou-ben-Amer eut recueilli le prix de tous ses biens, il annonça aux habitants l'inondation dont ils étaient menacés.
Son frère Amran, le devin, leur dit: "j'ai vu que vous devez être dispersés de divers côtés et dans les contrées fort éloignées l'une de l'autre. Je vais vous faire connaître les avantages et les propriétés de chaque pays;
choisissez la contrée qui vous plaira davantage, et allez y établir votre domicile.
Quiconque parmi vous aime les grandes entreprises, possède un chameau robuste et une outre neuve, qu'il aille s'établir dans le château fortifié du pays d'Oman. "
Les descendants d'
Azd, qu'on nomme Azd d'Oman, allèrent habiter ce pays.
Le devin ajouta: "s'il est parmi vous quelqu'un dont l'âme ne soit pas portée aux grandes entreprises, qui ne possède ni un chameau robuste ni une outre neuve, qu'il aille se joindre aux tribus des Kurdes; c'est le pays connu sous le nom de Hamdan."
Wadia, fils d'Amrou, choisit ce parti.
Amran continua: "quelques-uns de vous sont-ils doués d'une âme ferme, d'un coeur intrépide, qu'ils portent leur pays vers Mén
(Dans le Nedj); c'est le même que Sérat".
Ceux-ci furent ceux à qui l'on donna le nom d'
Azd de Schénoua.
" Que ceux, continua Amran, qui aiment les affaires, le travail, le gouvernement, l'autorité, et qui peuvent supporter les coups de la fortune, aillent choisir leur séjour à Batn-Marr
" (près de la Mecque).
Ce furent les Khozaïtes qui fixèrent leur séjour en ce lieu. On leur donna le nom de Khozaa, parce qu'ils s'étaient séparés de leurs camarades d'émigration pour s'établir dans cette contrée... là se fixèrent aussi Malec, Aslam, et Malcan fils de Kasi, fils d'Haréthé, fils d'Amrou Mozaïkia.
"Voulez-vous, dit encore Amran, posséder des plantations d'arbres dont les racines soient profondément enfoncées dans une terre humide et fangeuse, et qui fournissent des aliments dans les temps de stérilité, allez à Iathreb, cette ville riche en palmiers." C'est Médine.
Elle fut choisie par Aus et Khazradj, fils d'Harétha, fils de Thaléba, fils d'Amrou Mozaïkia.
Amran dit encore: "si quelqu'un de vous aime le vin et les liqueurs fermentées, les étoffes tissées d'or et de soie, les soins du commandement et de l'administration, qu'il choisisse pour sa retraite Basra el Hafir: ce qui indique la Syrie." Ce fut là que se retira la famille de Ghassan.
"
Que ceux, continua le devin, que leur goût porte vers les chevaux d'une noble race, les trésors et l'abondance des choses nécessaires à la vie, et le sang versé dans les combats, se transportent dans l'Irak".
Ceux qui se retirèrent dans cette contrée furent les enfants de Malec, fils de Fahm Azdi, et une partie des Arabes de Ghassan, qui habitèrent Hira."

Tel est le récit de Masoudi, rédigé dans la première moitié du Xe siècle [....],

[...] le fait important à constater avec Masoudi, c'est la
dispersion d'un grand nombre de tribus de l'Yémen qui, après l'abandon de ce pays par Amrou, allèrent fonder de nouvelles colonies dans les différentes parties de la péninsule Arabique, ainsi que les royaumes arabes extra-péninsulaires de Ghassan et de Hira, sur lesquels nous reviendrons dans le paragraphe suivant.
[....]

Piétrement 1882


N.B.
important : après l'astérisque* pour situer les lieux cités par Strabon:l'expression "au-dessus" signifie "au sud"


Mais pour bien apprécier les renseignements des anciens, notamment des Grecs, sur les Arabes et l'Arabie, il faut savoir au juste ce qu'ils ont désigné par ces
noms;
et
Strabon nous l'apprend dans les passages suivants:
"Toute la partie de la Mésopotamie qui borde les montagnes, toute la Parorée, comme on dit, est passablement fertile.(Strabon, livXVI, ch. I, § 23.)"
En revanche, dans sa partie méridionale, c'est à dire là où elle est la plus éloignée des montagnes, la Mésopotamie n'offre plus qu'un sol aride et pauvre et n'est plus habitée que par les
Arabes Scénites, population de pâtres et de brigands, toujours prêts à se déplacer quand les pâturages sont épuisés et que le butin vient à manquer.
De là une situation difficile pour les populations agricoles de la Mésopotamie Parorée, exposées en même temps aux incursions des Scénites et aux menaces des Arméniens."
(Strabon, liv. XVI, ch I, §26.)
"L'itinéraire suivi par les marchands qui de la Syrie se dirigent vers Séleucie et vers Babylone traverse tout le territoire et tout le désert des Arabes Scénites (des Maliens, pour dire comme certains auteurs aujourd'hui): c'est à la hauteur d'Antémusie, localité dépendant de la Mésopotamie, qu'ils passent l'Euphrate;
ils laissent derrière eux à 4 schoenes au-dessus du fleuve, la ville de Bambycé, ville qu'on désigne aussi sous le nom d'Edesse et de Hiérapolis....,
puis, après avoir passé le fleuve, ils coupent le désert dans la direction de la frontière babyloniènne et atteignent ainsi Scenae, ville importante bâtie sur le bord d'un canal.
Du passage de l'Euphrate à Scenae, on compte vingt-cinq journées de marche. Dans le trajet, on rencontre des hôtelleries tenues par des chameliers et toujours bien pourvues soit d'eau de citerne (ce qui est le cas le plus habituel), soit d'eau apportée (à dos de chameau comme les autres provisions).
Les Scénites n'inquiètent pas ces marchands, ils modèrent même en leur faveur les droits qu'ils exigent d'ordinaire..... Scenae est à 18 stades de Séleucie."
(Strabon, liv. XVI, ch. I, § 27.)
" Le
canton d'Apamée est borné à l'est par ce vaste territoire dépendant des phylarques arabes que l'on nomme la Parapotamie, et par la Chalcidique, laquelle commence à partir du Massyas.
Quant au territoire situé au sud d'Apamée, il est peuplé surtout de Scénites, dont les moeurs rappellent tout à fait celles des populations nomades de la Mésopotamie."
(Strabon, liv. XVI, ch. II, § 11.)
"Au dessus de la Judée et de la Coelé-Syrie,
* on voit s'étendre dans la direction du midi, jusqu'à la Babylonie et jusqu'à la vallée de l'Euphrate, l'Arabie proprement dite, ou, en d'autres termes, l'Arabie sans le pays des Scénites, lequel dépend de la Mésopotamie.
Mais nous avons parlé ci-dessus de la Mésopotamie et des différents peuples qui l'habitent; nous avons décrit de même, de l'autre côté de l'Euphrate, tout le territoire voisin des bouches du fleuve qu'habitent les Babyloniens et les Chaldéens;
disons maintenant que
le pays qui fait suite à la Mésopotamie et qui s'étend jusqu'à la Coelé-Syrie offre
deux parties distinctes
, la partie la plus rapprochées du fleuve, qui, comme la Mésopotamie elle-même, est occupée par les Arabes Scénites, nation fractionnée en petits Etats et qui se voit réduite par la nature pauvre et aride du pays qu'elle habite à ne s'occuper que peu ou point de culture, pour se consacrer toute à l'élève des troupeaux, à l'élève des chameaux principalement;
et
une autre partie au-dessus de celle-là (* "On a vu au commencement de l'alinea et il ne faudra pas oublier que, dans les descriptions topographiques de Strabon, l'expression "au-dessus" signifie "au sud"), composée uniquement d'immenses déserts.
Au sud de ces déserts, maintenant, commence l'Arabie Heureuse, qui se trouve avoir de la sorte pour côté septentrional le désert indiqué par nous tout à l'heure, pour côté oriental le golfe Persique, pour côté occidental le golfe Arabique, et enfin pour côté méridional la Grande Mer (on emploie de préférence ce dernier nom quand on n'entend désigner que la partie de mer extérieure aux deux golfes Persique et Arabique, tandis que le nom de mer Erythrée embrasse en même temps les deux golfes). " (Strabon, liv. XVI, ch. III, §1.)

Depuis les conquêtes des Arabes musulmans en Asie et en Afrique, nous donnons le nom d'Arabes non seulement aux habitants de la péninsule Arabique, mais encore à une foule de populations asiatiques cantonnée en dehors de cette péninsule et à la plupart des populations qui occupent la partie de l'Afrique située au nord du Sahara.

Le mot Arabes n'avait pas encore pris une telle extension dans l'antiquité classique, mais on voit qu'il s'appliquait déjà non seulement aux habitants de la Péninsule, mais encore aux populations nomades cantonnées dans le région moyenne de la Mésopotamie, région bornée au sud par la Babylonie, au nord par la Mésopotamie Parorée, laquelle confinait à l'Arménie;
que le nom d'Arabes était également donné à toutes les populations nomades qui entouraient la Syrie tant à l'est qu'au sud;
et que le nom d'Arabie s'appliquait à tous les pays, même extra-péninsulaires, occupés par les Arabes.

Piétrement 1882


sc. sur
Les chevaux arabes, Carl R.Raswan-Ursula Guttmann
trad. fr. R.Albeck, éd. Stock, 1967

 
Quant à l'épithète purement hellénique de
Scénites, donnée à beaucoup de tribus arabes extra-péninsulaires, elle signifiait simplement nomades, vivant sous la tente, de "skênê", tente;

et
Ammien Marcellin (XXIII, 6) nous apprend que de son temps les descendants des Scénites s'appelaient Sarrasins (Saraceni ).

Chaque fois qu'on rencontre les mots Arabes ou Arabie dans les textes anciens, il importe donc, pour éviter toute méprise, de s'assurer s'il s'agit de pays et d'habitants appartenant ou non à la péninsule Arabique.

Ainsi, par exemple, de ce que dans la Cyropédie (II, 1) Xénophon mentionne les cents chars et les dix mille cavaliers de l'Arabe Maragdus, allié de Crésus et des Assyriens contre Cyrus, on n'est pas autorisé à conclure qu'il existait des chevaux dans la péninsule Arabique au VIe siècle avant notre ère;
car un peu plus loin, en racontant la panique et la dispersion des ennemis de Cyrus, près des frontières d'une tribu d'Hyrcaniens limitrophes des Assyriens "
Xénophon dit (IV, 2):

" Le roi des Cappadociens et celui des Arabes, qui se trouvent tout près et qui n'ont pas eu le temps d'endosser leurs armes, sont tués par les Hyrcaniens. Mais la plus grande perte est parmi les Assyriens et les Arabes, qui, se trouvant dans leur pays, s'avançaient d'une marche fort lente."

Il est donc certain qu'il s'agit ici des Arabes de la Mésopotamie, et que c'est encore d'eux que Xénophon parle ainsi plus tard (VII, 4):

"Cyrus, en se rendant de Sardes à Babylone, soumet les Phrygiens de la grande Phrygie, soumet les Cappadociens et réduit les Arabes sous le joug."

Hirtius, ancien lieutenant de César et consul avec Vibius Pansa en l'an 43 avant notre ère, commence ainsi ses Commentaires sur la guerre d'Alexandrie :

" La guerre d'Alexandrie ayant éclaté, César fait venir de Rhodes, de Syrie et de Cilicie toute sa flotte; il demande des archers aux Crétois, et des cavaliers à Malchus, roi des Nabatéens."

Cela ne prouve pas non plus qu'il y eut des chevaux dans la péninsule Arabique à l'époque de la guerre d'Alexandrie, 47 ans avant J.-C.;
car ce Malchus ou Malec commandait aux Nabatéens du gouvernement de Pétra, situé entre la Mer Morte et la Mer Rouge, dans les montagnes des anciens Edomites ou Iduméens, par conséquent en dehors de la péninsule Arabique.

Ammien Marcellin
(XIV, 4) représente aussi les Sarrasins de son temps exerçant de continuelles déprédations,

"en paix comme en guerre, à l'aide de leurs chevaux et de leurs chameaux agiles et élancés."

Mais ce sont là des Arabes extra-péninsulaires, dont les actes se rapportent d'ailleurs au IVe siècle de l'ère chrétienne, et les anciens font une peinture toute différente des peuples qui habitaient l'Arabie véritable, l'Arabie péninsulaire, avant le commencement de cette ère.[....]

Piétrement 1882

haut

page suivante

plan

accueil