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Epona, Bas relief de Beihingen, Würtemberg
scanné sur "The Celts" T.G.E. Powell, Thames and Hudson, London, ed.1958

Epona,
musée Lorrain, Nancy
(ph. Marsyas, wiki. comm.)

LES RACES CHEVALINES ASIATIQUES ET EUROPEENNES EN OCCIDENT (chap. XI) (suite)

Pausanias dit du Brennus qui échoua devant Delphes en l'an 278 avant notre ère :

" Il parvint donc à décider les Gaulois à faire une expédition contre la Grèce; il s'associa pour le commandement quelques-uns des principaux et entre autres Acichorius.

L'armée qu'on rassembla se montait à cent cinquante-deux mille hommes d'infanterie et à
vingt mille quatre cents hommes de cavalerie ; il y avait un pareil nombre de cavaliers toujours en activité, mais ils étaient réellement soixante et un mille deux cents ;
chaque cavalier avait en effet avec lui deux domestiques, bons écuyers eux-même, et qui avaient aussi des chevaux.

Lorsque la cavalerie a engagé le combat, ces domestiques se tiennent derrière le corps d'armée, et voici à quoi ils servent.
S'il arrive à un cavalier de perdre son cheval, son domestique lui en donne un sur-le-champ ;
si le cavalier lui-même est tué, il monte sur le cheval à sa place ;
si le cheval et le cavalier sont tués ensemble, il y a un autre cavalier tout prêt ;
enfin, si le maître est blessé, l'un des esclaves l'emmène dans le camp, et l'autre prend sa place dans les rangs."
(Pausanias, Descript. de la Grèce, X, 19; t. V. p. 389)

Un siècle plus tard, Persée, roi de Macédoine, perdit par son avarice le secours d'un corps de Gaulois répandus dans l'Illyrie.

" Ils venaient cependant au nombre de dix mille cavaliers et de dix mille fantassins ;
ceux-ci suivaient les chevaux à la course et montaient sur ceux dont les cavaliers venaient à être renversés."
(Tite-Live, XLIV, 26)

César fait de très nombreuses mentions de la cavalerie des Gaulois amis ou ennemis des Romains.

Au début de la
guerre des Gaules, il envoie en avant toute sa cavalerie, au nombre de quatre mille hommes, qu'il avait levés chez les Eduens et chez leurs alliés ; mais les Helvètes, avec cinq cents cavaliers, surprennent cette cavalerie dans un lieu désavantageux et leur font éprouver quelque perte (I, 15).

Il montre
Vercingétorix à la tête de quinze mille cavaliers (VII, 64) et d'une "infanterie légère habituée à combattre entre les chevaux" (VII, 18).

César ne parle pas, dans sa rapide narration, des chars de guerre des Gaulois;
il dit seulement, ou plutôt Hirtius, l'auteur du VIIIe livre de la
Guerre des Gaules, dit dans le chapîte 14 que

" les Gaulois, dans les moindres expéditions, se font toujours suivre d'un grand nombre de chariots. "

Ce passage rappelle celui dans lequel Polybe (V, 77-78) représente les Gaulois Tectosages commandés par Attale Ier, roi de Pergame, et campés sur les bords du Mégiste, en Asie Mineure :

" Alors survint une éclipse de lune.
Les Gaulois, qui conduisaient à leur suite dans les chariots leurs femmes et leurs enfants et se plaignaient depuis longtemps des fatigues de la marche, considérèrent cette accident comme un mauvais augure et refusèrent d'aller plus avant; "

Piétrement 1882


monnaie romaine à l'effigie d'un gaulois
Vercingétorix

-

au revers
char gaulois
(ouvert à l'avant)

(ph. wikipedia.)


Néanmoins,
les anciens Gaulois avaient aussi des chars de guerre ;

car en l'an 295 avant notre ère, à la bataille de Sentinum, les cavaliers romains commandés par Décius eurent d'abord l'avantage.
" Par deux fois ils firent tourner le dos à la cavalerie gauloise;
mais, à la seconde charge, comme ils avaient pénétré assez en avant dans les lignes ennemies et portaient le combat au sein même de leurs escadrons, un nouveau genre de combat vint les saisir d'effroi.

L'ennemi, debout et en armes sur des chars et des chariots, arrive avec un grand bruit de chevaux et de roues; et ce fracas inaccoutumé épouvante les chevaux des Romains.
La cavalerie victorieuse se trouve à l'instant dissipée par une terreur qui tient du délire; emportés par une fuite aveugle, hommes et chevaux se renversent les uns sur les autres.
Le désordre gagne aussi les légions ; un grand nombre de soldats de la première ligne sont écrasés par les chevaux et les chars qui se précipitent à travers les rangs."

Le dévouement de Décius aux dieux infernaux put seul rendre la victoire aux Romains.

" La gloire de la journée où fut livrée la bataille de Sentinum est assez grande, même à s'en tenir à la stricte vérité. Quelques historiens, cependant, y ont voulu ajouter de l'exagération.
Ils rapportent que l'armée ennemie comptait quarante-trois mille trois cent trente fantassins,
six mille cavaliers et mille chariots, en y comprenant sans doute les Ombriens et les Toscans, qu'ils font assister à la bataille." (Tite-Live, X, 28-29)

En l'an 275 avant notre ère, les débris de l'armée du Brennus précité occupaient l'Asie Mineure, et ils y avaient formé un front de bataille d'infanterie, flanquée de vingt mille hommes de cavalerie sur chaque aile, soutenue au centre par quatre-vingt chars armés de faux et par deux fois autant de chars attelés de deux chevaux, lorsqu'ils furent vaincus par Antiochus Ier, qui mérita par cette victoire le surnom de Soter (Clef Lucien, Zeuxis ou Antiochus, 8-11).

Au reste, César avait eu lui-même à combattre des Gaulois montés sur des
quadriges armés de faux (falcatas quadrigas), comme Frontin nous l'apprend dans ses Stratagèmes, II,III,18;

mais
Diodore, V, 29, ne mentionne plus chez ce peuple que des chars à deux chevaux, portant un conducteur et un guerrier, et servant dans les voyages et dans les combats.

Ajoutons que, dans les nombreux tombeaux gaulois où l'on a trouvé des débris de chars,

"ces débris sont accompagnés de mors de chevaux, ordinairement par paires dans chaque tombe."(Mazard, Essai sur les chars gaulois de la Marne, dans le Revue archéologique, t. XXXIII, 1877, p.157)

Ces chars devaient être ouverts aussi bien en avant qu'en arrière;

il est permis de l'inférer à la lecture du passage cité à la page 281
ac3, dans lequel César montre les Bretons insulaires sautant rapidement à terre, courant sur le timon, et de là s'élançant précipitamment dans leurs chars : c'est la conclusion à laquelle M. Mazard est également arrivé. - (Voyez Mazard, o.c. p.225-227.) -

" On proposa, dans le guerre de 1741, de renouveler cette ancienne invention et de la rectifier. Un ministre d'Etat fit construire un de ces chariots qu'on essaya. On prétendait que, dans les grandes plaines comme celle de Lutzen, on pourrait s'en servir avec avantage, en les cachant derrière la cavalerie, dont les escadrons s'ouvriraient pour les laisser passer, et les suivraient ensuite. Les généraux jugèrent que cette manoeuvre serait inutile et même dangereuse, dans un temps où le canon seul gagne les batailles. Il fut répliqué qu'il y aurait dans l'armée à chars de guerre autant de canons pour les protéger, qu'il y en aurait dans l'armée ennemie pour les fracasser... Les généraux n'opposèrent rien à ces raisons; mais ils ne voulurent point jouer à ce jeu renouvelé des Perses " (Voltaire, dans l'article BARAC et DEBORA du Dictionnaire philosophique.)

Les chevaux étaient en outre employés comme bêtes de somme par les anciens Gaulois.

" Car une particularité que l'on remarque dans les îles situées entre l'Europe et la Bretagne est que, dans les hautes marées, elles sont entièrement environnées d'eau. Mais lorsque dans les marées basses la mer se retire, une grande partie de terre se découvre, et ces îles présentent alors l'aspect de presquîles.
Là, les marchands achètent l'étain des indigènes et le font transporter dans la Gaule. Enfin, ils le chargent sur des chevaux et traversent la Gaule à pied, dans l'espace de trente jours, jusqu'à l'embouchure du Rhône.
(Diodore, V, 22)

Piétrement 1882


reconstruction de la "tombe à char" de La Gorge-Meillet (4eme s. avt J.C.)
scanné sur
"The Celts" T.G.E. Powell, Thames and Hudson, London, ed.1958
sur les tombes à char, explications et autre photo: Musée d'archéologie nationale (MAN) :
www.musee-antiquitesnationales.fr

 
Voici le jugement que César (IV, 2) porte sur les
chevaux de la grande nation germanique des Suèves :
"Les leurs sont mauvais et difformes; mais, en les exerçant tous les jours, ils les rendent infatigables. Dans les engagements de cavalerie, souvent ils sautent à bas de leurs chevaux et combattent à pied; ils les ont dressés à rester à la même place et les rejoignent promptement si le cas le requiert. Rien dans leurs moeurs ne passe pour plus honteux ni pour plus lâche que de se servir de selle."

Tacite dit de tous les peuples de la Germanie :

"Leurs chevaux ne sont remarquables ni par la forme ni par la vitesse : ils ne les dressent point, suivant notre habitude, à manoeuvrer en traçant des cercles, mais ils les poussent en avant ou les font tourner à droite, en serrant tellement le cercle que pas un cavalier ne reste en arrière.
A juger toutes leurs troupes, l'infanterie est la meilleure; c'est pour cela qu'ils la mêlent à la cavalerie. Ils choisissent, parmi toute la jeunesse, les hommes d'élite qui disputent de vitesse avec les cavaliers et qu'ils placent sur le front de bataille."
(Tacite, Moeurs des Germains, VI)

César avait eu à combattre le Germain Arioviste, chef de six mille cavaliers soutenus par un pareil nombre de tels fantassins (Guerre des Gaules, I, 48), et, plus tard, pour résister à Vercingétorix,

" il envoie au delà du Rhin, en Germanie, vers les peuples qu'il avait soumis les années précédentes, et leur demande des cavaliers et des fantassins armés à la légère, accoutumés à se mêler avec la cavalerie dans les combats." (Ibid, VII, 65)

Il faut observer à ce propos que pendant le siège de Capoue, 212 ans avant J.C., pour résister à la cavalerie d'Annibal, les Romains avaient créé un corps d'infanterie analogue, les vélites, qui, à l'occasion, montaient en croupe derrière les cavaliers (Tite-Live, XXVI,4); mais cette infanterie légère avait été supprimée à l'époque de la guerre sociale, une trentaine d'années avant la guerre des Gaules.

Comparés aux autres anciens peuples de la Germanie,

"les Cattes ont le corps plus robuste, les membres nerveux, le visage menaçant et une grande énergie morale.... Leur force est dans leur infanterie, et ils chargent les fantassins, outre leurs armes, de bagages et de vivres. Les autres Germains se battent, les Cattes font la guerre." (Tacite, Moeurs des Germains, XXX.)

*

" Les Bataves, lorsqu'ils habitaient au delà du Rhin, faisaient partie de la nation des Cattes. Chassés par une guerre civile, ils vinrent se fixer à l'extrémité encore déserte de la côte des Gaules, et dans une île située entre des bas-fonds, baignée en face par l'Océan, et des autres côtés par le Rhin.
Unis aux Romains, ils n'eurent point à souffrir de cette alliance avec un peuple plus puissant, car ils ne fournissaient à l'empire que des hommes et des armes. Ils servirent longtemps dans la Germanie; et leur gloire reçut un nouveau lustre en Bretagne, où l'on avait fait passer leurs cohortes que commandaient, suivant un ancien usage, les hommes les plus nobles de la nation.
Ils entretenaient en outre dans leur pays des cavaliers d'élite, nageurs consommés, qui traversent le Rhin tout armés et à cheval, sans rompre leurs rangs."
( Tacite, Histoires, IV, 12)
" Non loin des Cattes et sur les rives du Rhin, qui, fixé jusque-là dans son lit, peut encore servir de frontière, habitent les
Usipiens et les Tenctères.
Les Tenctères, vaillants soldats comme tous les Germains, excellent en outre dans l'art de combattre à cheval ; et la réputation de leur cavalerie ne le cède en rien à celle de l'infanterie des Cattes;

Les ancêtres ont montré l'exemple, et les fils le suivent. L'équitation est un jeu pour les enfants, une lutte d'amour propre pour les jeunes gens, une habitude enracinée pour les vieillards. Les chevaux se transmettent dans les successions avec les esclaves, les pénates et les autres droits.
Ils reviennent à l'un des fils, non pas, comme les autres biens, à l'aîné, mais au plus brave et au meilleur cavalier."
(Tacite, Moeurs des Germains, XXXII.)

Au delà vivaient les Chauques.

" C'est le plus noble peuple de la Germanie, car ils donnent à leur grandeur la justice pour soutien... Les hommes et les chevaux sont nombreux, et leur réputation reste la même dans la paix. "(Tacite, Moeurs des Germains, XXXV.)

Chez tous les Germains,

"les chefs combattent pour la victoire, les compagnons pour le chef...
D'ailleurs ils s'illustrent plus facilement au milieu des dangers, et ce n'est que par la guerre et la force qu'ils peuvent soutenir un nombreux entourage.
Le cheval de bataille, la framée sanglante et victorieuse, sont un impôt levé sur la générosité du chef. "
(Tacite, Moeurs des Germains, XIV.)-
" L'épouse n'apporte point de dot au mari; c'est le mari qui donne une dot à l'épouse. Le père, la mère et les proches interviennent et agréent les présents, qui ne sont point ceux que nous cherchons pour charmer les femmes ni ceux dont se pare une nouvelle mariée, mais des boeufs, un cheval harnaché, un bouclier avec la framée et l'épée.
Grâce à ces présents, l'époux est accepté, et la femme à son tour offre quelques armes à son mari...
Pour que la femme ne se croie pas étrangère aux préoccupations des vertus guerrières, étrangère même aux chances des combats, ces auspices, sous lesquels commence son mariage, lui font connaître qu'elle prend part des fatigues et des dangers de son époux, et qu'elle doit souffrir et oser, dans la paix comme dans la guerre, tout ce qu'il souffre, tout ce qu'il ose.
Ces boeufs réunis sous le même joug, ce cheval équipé, ces armes qu'on échange expriment que c'est ainsi qu'il faudra vivre et mourir. "
(Tacite, Moeurs des Germains, XVIII.)

Piétrement 1882

sarcophage représentant une scène de bataille entre Romains et Germains (180-190 ap J.C.)
(Musée National Romain , ph. Jastrow,Wiki. comm.)

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