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Le cheval de guerre de l'Islam

 



 

 
LES CHEVAUX EN ARABIE
(chap VIII) (suite)

ac2b

 

En dénégation des opinions erronées de certains auteurs sur l'antiquité de l'existence du cheval en Arabie, William Youatt a écrit dans The Horse (le Cheval), à la page 59 de la traduction Cluseret :

" Au VIIe siècle, les Arabes avaient peu de chevaux, et ceux qu'ils avaient étaient sans valeur; car, lorsque Mahomet attaqua les Koréiks près de la Mecque, il n'avait que deux cents chevaux dans toute son armée, et à la fin de cette campagne sanglante, quoiqu'il eût enlevé 24 000 chameaux, 40 000 moutons et 20 000 onces d'argent, on ne trouva pas un seul cheval dans le butin."

D'un fait vrai, Youatt n'a tiré que des conséquences exagérées, faute de l'avoir rapproché d'autres documents de l'histoire de Mahomet.

Les débuts du réformateur furent difficiles : il ne parvint que lentemennt à se former une armée et surtout une
cavalerie.

-- Lors de sa fuite de la Mecque à Médine, date de l'hégire,
622 après Jésus-Christ, il ne possédait pas un seul cheval.

-- Dans la seconde année de l'hégire, au combat de Bedr, il n'avait encore que 313 hommes, 70 chameaux et
3 chevaux, pour lutter contre l'armée koréichite, forte d'à peu près 1000 hommes dont 100 cavaliers.

-- L'année suivante, les Koréichites prirent leur revanche à Ohod.

Ils avaient rassemblé, sous le commandement d'Abou-Sofian, toutes leurs forces montant à 3 000 hommes, dont 700 couverts de cuirasses et 200 cavaliers.

Mahomet n'avait alors que 700 hommes, dont 200 revêtus de cuirasses, mais pas un seul cavalier; il ne lui restait même que
deux chevaux des trois qu'il avait possédés.

-- Dans l'expédition contre la tribu juive des Benou-Koraïzha, dans l'Hedjaz, en l'an 5 de l'hégire, les musulmans n'avaient encore parmi eux que 36 cavaliers.
Le butin fut considérable; chaque homme eut un lot, et chaque cheval eut deux lots dans le partage, Mahomet voulant attirer les cavaliers dans son armée par l'appât d'une triple part par prise.

-- En l'an 7 de l'hégire, il conduisit les musulmans à Keibar; il avait une armée de 1 400 hommes, dont
200 cavaliers.
Les dépouilles furent partagées en 1 800 lots, et chaque cheval eut encore deux parts.

Cette fois, le Prophète fit même une distinction entre ceux de ses cavaliers qui avaient des
chevaux de race et ceux qui n'avaient que des chevaux communs; aux premiers il accorda une gratification spéciale, quelque chose en plus.

-- A la prise de la Mecque, an 8 de l'hégire, Mahomet avait 10 000 hommes, mais toujours
200 cavaliers;
c'est à la fin de la même année qu'à la tête de cette armée, augmentée de 2 000 Mecquois,
il remporta la brillante victoire d'Honain sur les tribus d'Hawazin, de Bekr et de Takif.

Les débris de l'armée vaincue s'enfuirent d'une seule traite jusqu'à Taïef, que le vainqueur assiégea inutilement.

-- L'année suivante, le Prophète sortit de l'Arabie avec 30 000 hommes, dont
10 000 cavaliers, tant la reddition de la Mecque avait eu d'influence sur la soumission des tribus de l'intérieur de la péninsule.

Après s'être avancé jusqu'à Tabouck, à moitié chemin entre Médine et Damas, et avoir refoulé les Grecs dans l'intérieur de la Syrie, Mahomet revint faire son dernier pélerinage à la Mecque en l'an 10 de l'hégire.

-- Enfin, il retourna mourir à Médine, moins de onze ans après sa première entrée en fugitif dans cette ville, c'est à dire au commencement de la onzième année de l'hégire
. (Sur les faits cités dans cet alinéa, consulter Noël Desvergers, Arabie, p. 136-199.).

Il est probable que les cavaliers de l'armée vaincue à Honain parvinrent à gagner Taïef, ce qui étonnera peu les personnes qui connaissent la façon de combattre des cavaliers arabes;

et Mahomet n'ayant pu faire capituler cette ville, cela expliquerait très bien l'absence des chevaux dans le butin, signalée plus haut par William Youatt.

On voit d'ailleurs qu'au VIIe siècle de l'ère chrétienne un certain nombre de tribus arabes avaient déjà quelque cavalerie; que le partage du butin de Kéibar indique que l'Arabie avait déjà des chevaux de race; enfin, qu'en moins de dix ans Mahomet put réunir
10 000 cavaliers uniquement tirés de la Péninsule.

Si donc les faits qui précédent montrent que les tribus arabes ne possédaient pas encore un très grand nombre de chevaux, que l'Arabie n'en était pas littéralement couverte à l'époque de Mahomet, comme on a voulu le dire, ils prouvent cependant que les Arabes péninsulaires commençaient déjà à se livrer activement à l'élevage des chevaux, qu'ils en avaient déjà un certain nombre, et qu'ils avaient déjà le goût des chevaux de race: éléments que la doctrine de Mahomet contribua puissamment à faire fructifier et qui se développèrent très rapidement, par suite des conquêtes que ses successeurs firent bientôt de pays très riches en chevaux.


Mais nous n'avons pas à faire l'histoire de la conquête musulmane; [...]

Piétrement 1882

 
Montesquieu
a dit dans l'Esprit des lois, XXI, 16 :
" La nature avait destiné les Arabes au commerce : elle ne les avait pas destinés à la guerre;

mais lorsque ces peuples tranquilles se trouvèrent sur les frontières des Parthes et des Romains, ils devinrent auxiliaires des unes et des autres.

Elius Gallus les avait trouvés commerçants;

Mahomet les trouva guerriers: il leur donna l'enthousiasme, et les voilà conquérants."

On peut ajouter aujourd'hui :

L'usage du cheval qu'ils venaient d'adopter a seul permis aux Arabes, par un demi-siècle de victoires, de ranger sous leur domination toutes les contrées de l'Asie jusqu'à l'Indus, à l'Oxus et au Bosphore, et tout le nord de l'Afrique depuis l'isthme de Suez jusqu'à l'océan Atlantique, dans lequel Okbah lança son cheval jusqu'au poitrail en s'écriant:
" O mon Dieu! tu le vois, si cette mer ne m'opposait pas un obstacle invincible, j'irais dans d'autres contrées inconnues combattre au nom de l'islamisme ceux qui adorent un autre Dieu que toi." (Voyez Noêl Desvergers, Arabie, p.290, d'après Nowaïri, manuscrit arabe de la Bibli. nationale, no702, folio5, au verso)

Malgré leur enthousiasme guerrier, jamais les Arabes n'eussent obtenu de si grands et si rapides succès, s'ils s'en fussent tenus à l'usage exclusif des chameaux, comme leurs ancêtres de l'armée de Xerxès.[..]

Connaissant l'importance de la cavalerie pour l'exécution des conquêtes qui devaient propager sa loi, Mahomet éleva, chez un peuple croyant, les soins à donner aux chevaux à la hauteur d'un acte religieux (Voyez général Daumas, Les chevaux du Sahara, p. 16,19,50, 51 et 117)

Aussi ses disciples sont-ils devenus les plus expérimentés, les plus intelligents éleveurs de chevaux des temps modernes et ont-ils produit les populations chevalines qui doivent être considérées comme les plus parfaites pour le service de guerre, en raison de la souplesse de leurs mouvements, de leur fond, de leur résistance à la fatigue, aux intempéries et aux privations de toutes sortes.

Enfin, possédant déjà la race chevaline aryenne dans leur péninsule, et devenus maîtres d'une multitude d'autres chevaux de même race par la conquête du sud-ouest de l'Asie, surtout de la vallée du Tigre et de l'Euphrate ainsi que de la Perse, les Arabes reprirent en main la cause du cheval aryen;

ils l'aidèrent dans sa lutte contre le cheval mongolique, parce qu'ils estiment autant et peut-être plus que nous ses qualités aussi solides que brillantes, l'ampleur et l'harmonie de ses formes, la brièveté de ses paturons et la longueur de ses rayons supérieurs, ainsi que la largeur de son front "semblable à celui du taureau
*;" comparaison arabe qui rappelle le nom grec de Bucéphale donné au cheval d'Alexandre le Grand.

* Consultez le général Daumas, Les chevaux du Sahara, p.52-55, 66-68, 170 et 273, sur les qualités que les Arabes recherchent chez les chevaux.

Piétrement 1882

 

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