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HAUTE ANTIQUITE
Origines du cheval mongolique

Berceau du peuple chinois


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L'histoire du cheval chez les Chinois et la première patrie des Mongols. (chapV§2) (suite)

Il fallait évidemment que les chevaux ne fussent pas très rares en Chine dès le XIIe siècle avant notre ère, pour qu'on ait assigné sept chars, c'est à dire cent douze chevaux, au service du prince rebelle Tsaï-chou, dont l'un des complices avait été condamné à mort et qui était lui-même interné à Ko-lin.

Ce fait et tous les documents rapportés plus haut démontrent péremptoirement que, dès la haute antiquité, les chevaux étaient déjà assez nombreux en Chine, du moins dans les provinces septentrionales, les seules qui fissent alors partie de l'empire, puisque les contrées situées au sud du Kiang (le fleuve des fleuves) ne furent conquises que vers la fin du IIIe siècle avant Jésus-Christ, sous le règne de Thsinchi-hoang-ti, de la IVe dynastie, dite de Thsin.

Ce sont donc seulement les beaux chevaux qui étaient rares dans l'empire chinois, alors comme aujourd'hui;
car le chevaux nés et élevés dans les provinces septentrionales de ce pays ont toujours été petits et laids.
Quant aux provinces méridionales, elles ont toujours été tellement impropres à l'élève des chevaux que, même aujourd'hui, les particuliers n'en nourrissent aucun, ni pour les travaux de la campagne, ni pour les voyages;
et que ceux qui y sont importés de Tartarie, pour le service des relais du gouvernement, y perdent leur vigueur en quelques années et finissent bientôt par être tout à fait hors de service.
Et la
dégénérescence des chevaux en Chine provient uniquement des conditions climatiques de ce pays, car on sait combien les Chinois sont habiles dans l'art d'élever et de soigner les animaux.

Aussi, quoique les chevaux aient été assez nombreux en Chine depuis la haute antiquité, les conditions de vie si défavorables qu'ils y trouvent, même dans le nord, suffiraient seules pour justifier cette autre opinion de
Pauthier qui considère les chevaux chinois comme originaires de Tartarie, opinion qui est d'ailleurs en parfaite concordance avec ce passage du Chou-king;

" La victoire remportée sur le roi de Chang (Cheou-sin) procura une libre communication avec le neuf Y et le huit Man;
et les gens de Lou, pays d'Occident, vinrent offrir un grand chien (gao).
A cette occasion, le Taï-po fit ce chapitre Lou-gao pour instruire le roi ( le fait se passe sous le règne de Vou-vang, dans la seconde moitié du XIIe siècle avant Jésus-Christ, Tchao-kong étant Taï-pao).
Il dit: " Lorsqu'un roi est éclairé et qu'il aime véritablement la vertu, tous les étrangers, voisins et éloignés, viennent se soumettre et lui offrir des productions de leur pays;
mais ces présents ne doivent être que des vêtements, des vivres et des meubles utiles...... ne pas pratiquer ce qui est sans utilité, ne pas nuire à ce qui a de l'utilité, est une chose digne d'éloge.
Quand on ne recherche pas les choses rares, et quand on ne méprise pas les choses utiles, le peuple a le nécessaire.
Un chien, un cheval, sont des animaux que notre pays ne produit pas; il n'en faut pas nourrir." (Chou-king, 1, IV, ch.v, §1,2,8.)

Pauthier (Chine p 84) donne cette traduction littérale de la dernière phrase de ce passage:

" Un chien, un cheval, sont des animaux étrangers à votre pays; il n'en faut pas nourrir."

Et il ajoute en note:

"On trouve cependant dans les caractères primitifs de l'écriture chinoise le signe du chien et du cheval.
Comme l'écriture fut primitivement inventée et employée à la cour des empereurs chinois, il est probable que l'usage du chien et du cheval, quoique
d'origine étrangère, y était connu depuis longtemps." Pauthier

Ainsi, d'une part, un Taï-pao affirme sous le règne de Vou-vang, au XIIe siècle avant Jésus-Christ, que le cheval est un animal étranger à la Chine et par conséquent qu'il y a été introduit du dehors.

Et l'on ne saurait révoquer en doute cette assertion du Taï-pao, qui était le second personnage de l'empire, [....] car de si hautes fonctions n'étaient données en Chine, surtout à ces époques éloignées, qu'à un lettré par excellence, à un homme profondément versé dans la connaissance de l'antiquité. Toute l'histoire de la Chine en fait foi;

D'autre part, la
présence du signe du cheval dans les caractères primitifs de l'écriture chinoise, -caractères qui étaient de véritables hiéroglyphes, de véritables représentations de certains objets animés ou inanimés (Voy. Pauthier et Bazin, Chine moderne, p.278-344), et dont l'invention remonte à Se-hoang du 9e ki,- ce signe du cheval, disons-nous, prouve que, dès les temps proto-historiques, les Chinois ont parfaitement connu cet animal, sinon son usage, comme Pauthier vient de l'admettre.

Au premier abord, ces deux données historiques semblent contradictoires, mais une étude attentive de certains documents chinois en fournit une explication des plus satisfaisantes,

"Un fait qu'il est bon de remarquer, dit Pauthier, c'est que les historiens chinois font venir plusieurs inventeurs des arts et des sciences, sous le premier empereur historique (Hoang-ti), des pays situés à l'occident de la Chine, près du mont Kouen-lûn, que les Indiens nomment Mérou, dans les flancs duquel le grand fleuve Hoang-ho prend sa source;
ce qui donnerait à cette partie du
Thibet une antériorité de civilisation sur la Chine elle-même;
supposition assez naturelle si l'on réfléchit que, à mesure que des contrées devinrent habitables par la formation des lits de fleuves ou de rivières, les premières peuplades durent suivre le cours de ces mêmes fleuves, et se répandre, comme eux, dans différentes directions, mais toujours en partant des lieux hauts pour arriver dans les lieux bas.
Ce qui confirme cette supposition, c'est que la cour des premiers empereurs chinois était placée dans les provinces occidentales voisines des montagnes du Thibet."
(Pauthier, Chine. p.29-30)

Piétrement 1882

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Il est même tout naturel que les Chinois contemporains de Hoang-ti aient conservé des relations avec les populations déjà industrieuses des contrées adjacentes à ce qu'ils appelaient le Kouen-lûn, car une foule de documents se réunissent pour démontrer que les Chinois ont originairement habité ces parages, que leur civilisation a commencé de prendre son essor en ces lieux, et que c'est de là qu'ils sont partis pour conquérir la Chine antérieurement au règne de ce roi.

En effet,
Pauthier fait observer que
" la population de l'empire chinois était composée primitivement de cent familles qui vinrent du nord-ouest." (Chine, p.39).

[....] Enfin, il ajoute plus loin:

" Tout ce qui peut contribuer à former une conviction historique sur les données traditionnelles confuses nous confirme dans l'opinion que les Chinois actuels ne sont pas indigènes sur le sol de la Chine, qu'ils y sont arrivés du nord-ouest, et qu'ils ont été obligés d'en chasser, pour y trouver place, des peuplades moins civilisées ou plus barbares qu'eux, appartenant à une race distincte....
Ce sont les
sauvages habitants indigènes, nommés par les Chinois Y, porteurs de grands arcs, Miao-tseu, fils des champs incultes, qui existent encore à l'état sauvage, dans les hautes et inaccessibles montagnes de l'occident de la Chine, voisines du Thibet." (Chine, p.56)

Ces remarques de Pauthier sont en parfait accord avec celles du Père Prémare sur le lieu de naissance de Fo-hi et sur les endroits où furent enterrés ce roi et ses prédécesseurs anté-historiques:
[....]
La concordance de tous les documents prouve donc véritablement que les Chinois n'étaient pas indigènes en Chine; qu'ils y vinrent des contrées du nord-ouest, situées dans la partie de l'Asie Centrale à laquelle ils donnaient le nom de Kouen-lûn;
qu'ils ont même habité cette région jusqu'au règne de Fo-hi inclusivement; enfin que c'est là, par conséquent, qu'ils ont acquis le degré de civilisation auquel ils étaient déjà parvenus sous les règnes de ce roi et de ses prédécesseurs, et qu'ils ont notamment inventé les caractères primitifs de leur écriture figurative.

Ce serait toutefois une profonde erreur de croire que les Proto-Chinois ont à l'origine habité les montagnes que nous appellons actuellement Kouen-lûn.

Bien que leurs larges vallées et leurs hauts plateaux rocheux nourrissent encore présentement à l'état libre toutes les espèces animales que ce peuple a primitivement utilisées, bien que les grands mammifères s'y rencontrent encore en grands troupeaux jusqu'à une altitude de plus de 6000 mêtres, ces monts devaient être, alors comme aujourd'hui, déjà inhabitables pour l'homme vivant en société.
D'ailleurs,
notre Kouen-lûn eût-il alors été habitable pour l'homme, que la tradition précitée s'opposerait formellement à ce qu'on en fit le séjour des Proto-Chinois;
car cette tradition, qui fait venir ce peuple des contrées situées au nord-ouest de la Chine, remonte à l'époque où cet empire ne s'étendait que du fleuve Kiang aux frontières septentrionales de la Chine actuelle, c'est à-dire du 30e au 40e degré de latitude nord;
et, comme les montagnes auxquelles nous donnons nom de Kouen-lûn sont situées sous le 37e degré de latitude, elles se trouvent directement à l'ouest de l'ancien empire chinois et non au nord-ouest, ainsi que l'exige la tradition.
(Sur la situation, la topographie et la faune des monts que les Européens appellent Kouen-lûn, consultez Exploration de la Haute-Asie de 1854 à1857, par les frères Schlagintweit, dans le Tour du Monde, t.XIV, 1866, p193 à 208.)

Mais il faut remarquer que
les anciens Chinois étaient loin d'attribuer à l'expression de monts Kouen-lûn l'acception restreinte que nous lui avons affectée.

Pauthier
a déjà dit que sous le règne de Yang-ti (605-617 de notre ère), dont la domination s'étendait sur les pays occidentaux jusqu'à la mer Caspienne,

"on dressa une carte représentant les quarante-quatre principautés qui y existaient, réparties dans les trois grandes divisions naturelles.
Cette carte commençait à la montagne Si-khing, située vers le lieu où le Hoang-ho ou Fleuve jaune entre en Chine, et s'étendait jusqu'à la mer Caspienne.
Au milieu de cette carte, on voyait les hautes montagnes du Thibet septentrional, appelées par les Chinois du nom collectif de Kouen-lûn."
(Chine, p 281.)

Il faut donc voir dans le Kouen-lûn des anciens Chinois l'ensemble du vaste réseau montagneux qui couvre l'Asie Centrale, qui renferme les vallées et les plateaux les plus élevés de la terre, enfin qui constitue tout l'immense système orographique des flancs duquel sortent tous les grands fleuves du continent asiatique, à l'exception du Tigre et de l'Euphrate; et il ne reste plus, par conséquent, qu'à déterminer quelle est, dans ces hautes régions, la partie qui satisfait le mieux aux données de la tradition chinoise.

Piétrement 1882

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portrait de Gengis khan
(wiki.commons)


Puisque l'ancien empire chinois s'étendait déjà, comme aujourd'hui, au nord jusque vers le 40e degré de latitude, et à l'ouest jusque vers le 100e degré de longitude orientale, le premier séjour connu des Chinois doit être cherché dans un pays habitable, situé à quelques degrés plus au nord et plus à l'ouest, et assez étendu pour contenir au moins cent familles ou tribus.

Or
si, partant des frontières nord-ouest de la Chine, on se dirige au nord-ouest, suivant l'indication de la tradition chinoise, on trouve d'abord le grand désert de Gobi, que les Chinois nomment Cha-mo ou Mer de sable, puis la chaîne aride, neigeuse et volcanique du Bogda-Oola, ou partie orientale des Monts-Célestes, dont le nom est écrit à l'anglaise, Thian-chan, sur nos cartes, car les indigènes le prononcent Sian-chan. Toutes ces régions sont inhabitables.

Mais
plus loin, au nord du Bogda-Oola, qui est situé sous le 43e degré de latitude, on rencontre un vaste haut-plateau qui s'ouvre au sud-est sur le désert de Gobi et qui s'étend au nord jusqu'au 50e degré de latitude, c'est à dire jusqu'au pied de l'Altaï septentrional, petit Altaï, ou chaîne de Tangnou.
Ce
haut plateau, qui fait partie du grand massif orographique de l'Asie Centrale, mesure de 14 à 20 degrés de longitude, depuis la chaîne du Kourou, qui le borne à l'est vers le 97e degré de longitude et sur les pentes orientales duquel la Sélinga prend naissance, jusqu'à la chaîne du Barlouck ou Alatau qui lui forme à l'ouest une barrière courant obliquement du nord au sud depuis le 83e degré jusqu'au 77e degré de longitude orientale.

Cet
espace trapézoïde, dont la superficie égale celle de la France, est suffisamment connu pour la solution du problème qui nous occupe, depuis que l'intrépide voyageur Atkinson l'a parcouru dans tous les sens vers la fin de son long voyage en Sibérie et dans l'Asie centrale. (Voyez, Voyage sur les frontières russo-chinoises et dans les steppes de l'Asie centrale, par Thomas-Witlam Atkinson (1848-1854); dans le Tour du Monde, t.VII p 337 à 384)

Au pied du versant septentrional du Bogda-Oola règne d'abord une bande sablonneuse qui est l'une des ramifications occidentales du Cha-mo. Puis, au nord de cette zone complètement aride, on trouve, depuis le 45e jusqu'au 50e degré de latitude, de
vastes plaines onduleuses, parsemées de lacs, de montagnes isolées, de steppes et d'innombrables pâturages.
Ce pays est d'ailleurs
arrosé par de nombreuses rivières, dont les deux plus considérables, la Tess et le Djabakan, sont comparables à la Seine; elles vont se perdre, la première dans l'Oubsa-Noor, et le second dans l'Ilka-Noo, qui sont les plus importants de tous les lacs sans issue de cette haute région.
Enfin, parmi les montagnes éparses sur ce plateau, on remarque une série de hauteurs qui sont échelonnées du nord au sud, depuis les environs du lac Ilka-Aral jusqu'au désert de Gobi, et qui sont les seuls vestiges de la prétendue chaîne de l'Altaï méridional ou grand Altaï, laquelle n'existe en réalité que sur nos cartes, comme Atkinson l'a parfaitement vérifié.
(Voyez le Tour du Monde, tVII, 1863, p350-352 )

Cettre contrée, éminemment propre à la vie pastorale, est encore actuellement parcourue à l'ouest par les Kirghises et à l'est par les Kalkas, qui, les uns et les autres, y font paître leurs innombrables troupeaux de chevaux, de chameaux, de boeufs, de chèvres et de brebis.

Depuis Atkinson, M. et Mme
de Bourboulon ont également visité la Mongolie, dont le pays en question est l'une des régions; et voici ce que A. Poussielgue dit de la Mongolie et du pays des Kalkas, d'après les notes de ces deux voyageurs:
"Cette immense contrée (la Mongolie) qui occupe une partie du plateau central de l'Asie, peut se diviser en deux zones, séparées par les destinées politiques comme par le sol et les productions.
La zone du sud, aride ou du moins dénuée d'eau et de végétation, n'est habitée que sur la frontière de la Chine, par de nombreuses peuplades d'origine mongole, directement tributaires de l'empire chinois.
La zone du nord, entièrement occupée par les tribus khalkhas, jouit d'une abondance et d'une fertilité extraordinaires: hautes montagnes, grands lacs, fleuves puissants, forêts et pâturages admirables, mines de houille, d'argent et de cuivre, toutes les richesses naturelles sont accumulées dans ce beau pays, qui a l'avantage d'être situé en plein climat tempéré (Il serait plus vrai de dire climat extrême, à températures
minima et maxima très différentes), sous un ciel plus clément que celui de la Sibérie, sur laquelle il l'emporte sous tous les rapports" (Relation de voyage de Shang-haî à Moscou, par Pékin, la Mongolie et la Russie asiatique, rédigée d'après les notes de M. et Mme de Bourboulon, par M. A. Poussielgue, dans le Tour du Monde,t.XI, 1865, p 242)

On sait d'ailleurs que ce pays des Kalkas est la patrie de Genghiskhan (Tching-kis-khan), et que c'est de là que sont parties les hordes sauvages qui bouleversèrent à tant de reprises les couches sociales du vieux monde

Piétrement 1882

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Cette
circonscription géographique, qui satisfait ainsi, sous tous les rapports, aux données de la tradition chinoise, est même la seule qui y satisfasse complètement.
Car au delà, en suivant la même direction, on tombe successivement dans les sauvages montagnes du petit Altaï et du Sayansk, puis, à l'ouest du lac Baïkal, dans les steppes de la Sibérie qui sont situées en dehors du massif orographique de l'Asie centrale.

C'est donc évidemment
du pays compris entre le Bogda-Oola et l'Altaï septentrional ou Tangnou, c'est à dire du pays des Khalkas, que sont parties les cent familles ou tribus qui conquirent la Chine dans les temps proto-historiques;

c'est là la première patrie des Proto-Chinois, dans laquelle ils ont domestiqué le cheval à l'époque de Fo-hi,

et adopté le signe de cet animal dans leur écriture figurative, soit à la même époque, soit à une date antérieure, comme on l'a vu [...].

Le dernier fait n'aurait du reste rien de surprenant, puisque les anciens troglodytes du Périgord ont su dessiner le cheval sans le domestiquer.
Il faut toutefois observer que
Pauthier (Chine, p.24) dit de Fo-hi:

"Le lieu de sa naissance et de sa cour est placé dans le Ho-nan."

Mais, quelle que soit la tradition à laquelle Pauthier fait allusion en cette circonstance, elle est en contradiction formelle avec toute l'histoire chinoise.
Le Ho-nan est en effet situé dans la partie orientale de la Chine centrale, et le
Père Prémare vient de citer des documents qui font naître et mourir Fo-hi en Occident.
Cette dernière assertion de Pauthier est même tout à fait incompatible avec les nombreux passages de son livre où il montre que,
sous les premières dynasties historiques, les Chinois venus du nord-ouest avaient encore la capitale de leur empire dans les provinces occidentales de la Chine actuelle;
elle est notamment inconciliable avec ces renseignements si explicites:

"En 770 (avant J.C) , Ping-wang (le roi pacifique), fils de Yeou-wang, est proclamé roi par les grands vassaux qui avaient repousssé les Tartares.
Il
transporta sa cour dans la ville bâtie par Tcheou-kong, située dans le province du Ho-nan, et qui était appelée cour orientale . Cette cour orientale était la ville de Lo-ye, bâtie seulement en l'an 1108 avant Jésus-Christ, sur la rivière de Lo, par Tcheou-kong, qui en fit sa résidence et la capitale de sa principauté ou royaume de Ho-nan, après avoir remis entre les mains de son neveu Tching-vang les rênes de l'empire qu'il avait administré pendant les sept années de la minorité de ce prince, (Voyez Pauthier (Chine, p 84); et le Chou-king, liv IV, chap. IX §1; chap.XII, §1-5; chapXIII, §1-3.), et laissa la cour occidentale ou l'ancien séjour des premières dynasties dans le Chen-si, au prince de Thsin, qui fut élevé au rang de roi suzerain, afin qu'il devînt une barrière puissante contre les irruptions continuelles des Tartares limitrophes....
Les grandes familles, accoutumées au séjour de la cour dans le Chen-si, ne voulurent pas, pour la plupart, se rendre à la cour orientale. La famille royale dynastique perdit presque entièrement son autorité et sa puissance. Plusieurs rois vassaux se rendirent complètement indépendants et agrandirent même leurs Etats."
(Ibid., p 106,107)

Enfin, dans les sommaires des chapitres du Chou-king traduit par le Père Gaubil et revu par Pauthier, nous lisons également en tête du chapitre intitulé Thsin-tchi, qui est le chapitre XXX et dernier du livre IV et dernier de cet ouvrage:

"Le titre de Thsin-tchi signifie ordre ou défense du prince de Thsin, pays situé dans le Chen-si....
vers l'an 770 avant J.-C., un des descendants de Fei-tsou, nommé Siang-kong.... fut fait prince de Thsin, pays où avait été la cour des rois de Chine jusqu'à Ping-vang."

C'est donc très probablement par inadvertance que, dans son remarquable ouvrage, Pauthier a cité, sans la réfuter, l'opinion des auteurs qui placent la naisssance et la cour de Fo-hi dans le Ho-nan, opinion qu'il a sans doute rencontrée dans ceux des écrivains chinois qui ne font commencer l'histoire de la Chine qu'au règne de ce roi, parce qu'ils considèrent les temps qui lui sont antérieurs comme trop douteux et qu'ils ont trouvé plus court de les supprimer que de les étudier.

Piétrement 1882

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D'ailleurs, puisque
le cheval est sûrement un animal étranger à la Chine et que, de l'avis unanime de tous les historiens chinois, c'est Fo-hi qui a le premier montré au peuple à s'en servir, si cet empereur était vraiment né dans le Ho-nan, il faudrait supposer que les Chinois, qui avaient connu le cheval dans l'Asie centrale d'une façon assez intime pour adopter son signe dans leurs caractères hiéroglyphiques, et qui étaient déjà assez civilisés pour le dompter, seraient néanmoins partis de cette région sans emmener ce précieux auxiliaire et auraient attendu d'être arrivés en Chine pour l'y faire venir du dehors: supposition dont l'invraisemblance est une nouvelle preuve que Fo-hi a véritablement vécu dans l'Asie centrale et non dans le Ho-nan.

Quant à l'époque de l'introduction du cheval en Chine, il est possible de lui assigner une date minimum assez approximative.
En effet, puisque les
Proto-Chinois ont possédé cet animal dès l'époque de leur séjour dans l'Asie centrale sous le règne de Fo-hi, ils l'ont évidemment emmené dans leurs migrations;
et si l'on considère que
Fo-hi (3468) habitait encore ce pays, mais que l'empire de Hoang-ti (2698) s'étendait déjà au sud jusqu'au fleuve Kiang et à l'est jusqu'à la mer, on devra en conclure que c'est entre l'an 3468 et l'an 2698 avant notre ère que les Chinois se sont installés en Chine avec leurs chevaux, si l'on suit la chronologie courante.

Un autre document chinois nous donne une
date plus précise;
car, en racontant la victoire remportée par l'empereur Kien-loung ou Khian-loung en l'an 1775 de notre ère, sur le Miao-tseu alors réfugié dans les hautes et inaccessibles montagnes de l'occident de la Chine, où il n'en reste plus aujourd'hui que quelques débris, les historiens chinois considèrent cet évènement comme ayant amené la réduction définitive de ces sauvages indigènes, après des luttes sanglantes qu'ils disent s'être renouvelées pendant 5000 ans
(Voyez Pauthier, Chine, p 56 et 454), ce qui reporterait à l'an 3225 avant Jésus-Christ l'arrivée des Chinois sur le territoire qu'ils occupent aujourd'hui.

Bien que cette date soit seulement approximative puisqu'elle est basée sur l'énoncé en nombre rond d'une période de 5000 ans, elle est en parfaite concordance avec tout ce que l'on sait sur l'évolution de la civilisation chez les Chinois.
Elle ne les fait effectivement entrer sur le territoire de la Chine actuelle que quelques années avant l'avènement de Chin-nong.

On conçoit alors qu'ils aient dû conserver jusque là dans l'Asie centrale des habitudes
nomades analogues à celles de leurs congénères de race mongolique qui parcourent encore cette région, et qu'ils n'aient en conséquence pu s'y élever qu'au degré de civilisation que comporte ce genre de vie et qui est justement celui auquel ils étaient parvenus sous Fo-hi.

On s'explique également que,
après leur installation en Chine, ils aient dû adopter des habitudes plus stables dans ce pays fertile, et y acquérir d'autres connaissances scientifiques et industrielles qui sont l'apanage des peuples sédentaires, et qu'ils font précisément remonter à l'époque de Chin-nong.

Il faut toutefois observer que si Chin-nong et ses successeurs furent déjà maîtres d'une partie des riches provinces de la Chine actuelle, ils n'en conservèrent pas moins, ou tout au moins recouvrèrent bientôt la possession de leur patrie primitive;
et que quelques-uns de ces empereurs préfèrèrent même habiter cet ancien berceau de leur race, comme notre Charlemagne affectionna le séjour de la Germanie, plusieurs siècles après l'installation de nos rois germains au centre de la Gaule.
Ainsi, le dernier roi légitime de la famille de Chin-nong, Yue-vang, tenait encore sa cour dans le
Kong-sang quand il fut détrôné par son parent le prince rebelle Tchi-yeou, gouverneur d'une province située au pied du Kouen-lûn, et qui fut à son tour vaincu par Hoang-ti, qui était alors gouverneur du Ho-nan.

Or le vaste pays de Kong-sang, au nord duquel régnait déjà Hien-yuen, l'inventeur de la monnaie de cuivre, est aussi nommé le
vaste désert de Sang, expression qui paraît désigner les contrées arides situées au delà des frontières nord-ouest de la Chine actuelle.

Piétrement 1882


cheval de jade, Chine dynastie Han,
(ph.
Tout l'Univers 1978, le livre de Paris Ed.)

 
Les Proto-Chinois ayant contracté la passion du cheval dans l'Asie centrale
, leurs descendants l'ont conservée en Chine, quoique le climat de cette dernière contrée les ait constamment mis dans l'impossibilité d'y élever de beaux chevaux.
Cest ce qui explique les folies que les empereurs ont souvent faites pour s'en procurer, surtout lorsque le luxe eut atteint chez eux des proportions colossales.
Et comme en Chine, suivant la remarque de Pauthier, la cour donne le ton à tout l'empire, ces folies furent imitées par toute la nation des employés du gouvernement, au grand préjudice de la fortune publique.
Aussi les grands dignitaires, dont l'une des attributions était de veiller à la prospérité des affaires de l'Etat, firent-ils souvent aux empereurs de sévères remontrances sur les abus de leur luxe effréné qui épuisait le peuple;
et nous avons même vu Tchao-kong essayer de couper l'une des causes du mal à sa racine, en conseillant d'abandonner complètement l'usage du cheval.

Il invoquait des raisons analogues à celles qui engagèrent Moïse à défendre l'usage de cet animal à son peuple; mais les conseils du Taï-pao ne furent pas mieux suivis par les empereurs chinois que les prescriptions du législateur des Hébreux ne furent respectées par Salomon et ses successeurs (voyez plus loin, chap X.).

Car dès le temps de
Confucius, au commencement du Ve siècle avant notre ère, on voit déjà dix mille chars armés sous le commandement de deux des Taï-fou du roi de Lou, Ting-kong, descendant du grand Tcheou-kong; et, à la suite d'une guerre contre les gouverneurs rebelles des provinces, l'empereur Te-tsong (779-805 après Jésus-Christ) fut obligé d'acheter 180 000 chevaux chez les Ouïgours pour remonter la cavalerie chinoise. (Pauthier, Chine, p 153, 320)
Enfin après avoir parcouru pendant huit ans toutes les provinces de la Chine, après avoir séjourné pendant vingt-neuf autres années à la cour des empereurs, le
Père Gabriel de Magalhan, qui mourut à Péking en 1677, a écrit que
" le nombre des soldats qui gardent la grande muraille est de 902 054. Les troupes auxiliaires qui y accourent, quand les Tartares se mettent en devoir d'entrer en Chine, sont innombrables, et il y a 389 167 chevaux destinés pour les troupes....
Les chevaux que l'empereur entretient tant pour les troupes que dans les postes se montent à 564 900. Ces soldats et ces chevaux sont toujours entretenus."
(Gabriel de Magalhan, Nouvelle relation de la Chine, etc. , traduction française, Paris 1688, in 4°; cité par Pauthier, Chine, p 429-423.)

Isolés et tels qu'ils viennent d'être exposés en les prenant à la lettre, les documents relatifs à Fo-hi sont déjà très intéresants au point de vue de l'origine de la civilisation des Chinois; mais ils acquièrent une bien autre importance si l'on considère que

" une tradition, encore aujourd'hui courante parmi les Turcs nomades, place le berceau de leur race un peu au nord du plateau de Pamir, dans une des vallées de l'Altaï" (Maspéro, Hist. anc., p135.) ;

et, d'après un renseignement oral de M.Maspéro, cette tradition existe notamment chez les tribus des Khirghises-Kazaks, qui s'étendent depuis l'Alatau jusqu'aux monts Ourals.

Une si complète concordance entre les traditions de deux rameaux mongoliques, l'un oriental, celui des Chinois, l'autre occidental, celui des Khirghises de l'Oural, ne laisse plus aucun doute sur la première patrie des peuples mongoliques, sur la région où naquit leur civilisation; c'est évidemment le versant sud de l'Altaï, le pays des Kalkas qui a été décrit plus haut.


Il ne faut d'ailleurs point prendre à la lettre les expressions
règne de Fo-hi et règne de Chin-nong; car Chin-nong, dont le nom signififie le divin laboureur (Prémare, Recherches, p.37) et auquel on attribue 140 ans de règne, est évidemment la personnification d'une période historique caractérisée par l'invention de l'agriculture: période purement chinoise, puisqu'on a vu que ce prétendu roi est postérieur à l'arrivée des Chinois en Chine.

Quant au nom de Fo-hi, il signifie "qui soumet la victime".
(Prémare, Recherches, p 32 ) expression que rendra plus claire la phrase suivante du Lou-se de Lo-pi, traduite par le Père Prémare dans ses Recherches, p.33:

"Fo-hi apprit au peuple à élever les six animaux domestiques, non seulement pour avoir de quoi se nourrir, mais aussi pour servir de victimes dans les sacrifices qu'il offrait au maître du monde Chin-ki."

Il est clair, d'après cela, que sous le nom de Fo-hi, qui est censé avoir régné 250 ans, les Chinois ont personnifié la période proto-historique pendant laquelle ils ont assujetti les animaux domestiques, période qui appartient à l'époque de l'unité mongolique, puisqu'on a vu que ce prétendu roi régnait, non pas en Chine, mais dans la première patrie des peuples mongoliques, occupée aujourd'hui par les Kalkas.

Ce ne sont donc pas les Chinois, ce sont les Proto-Mongols, dont les cent familles chinoises étaient une simple fraction, qui ont domestiqué les chevaux dans leur première patrie, comme les Aryas l'ont fait dans la leur; et, chez les uns comme chez les autres, les traditions indiquent que l'assujettissement des animaux domestiques, même celui du cheval, a précédé l'invention de l'agriculture.

D'après ce qui a été dit de l'époque de Fo-hi hab2,
cette domestication du cheval par les Mongols peut être placée soit trente et quelques siècles, soit cinquante à soixante siècles avant notre ère, et nous répétons que le dernier chiffre nous paraît le plus probable.

On a d'ailleurs vu
,hab1 que les Mongols migrateurs ont fondé le plus ancien empire connu de la Mésopotamie;
on verra dans le paragraphe suivant que les fondateurs de cet empire étaient les descendants des Mongols domesticateurs de chevaux, et, à la fin du chapitre VII, que cet empire fut détruit environ vingt-cinq siècles avant notre ère et remplacé par l'empire mède de Bérose.

Quant à l'époque de la transition chez les Mongols ou Proto-Chinois de l'usage de la pierre à celui des métaux pour la confection des armes et instruments, nous n'en pouvons rien dire de certain, tant les opinions des auteurs chinois varient sur ce sujet, comme on peut le voir dans les
Recherches du Père Prémare.

Piétrement 1882


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