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HAUTE ANTIQUITE

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Syrie et Egypte: Hommes et chevaux (2)


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LES RACES HUMAINES ET CHEVALINES EN SYRIE ET EN EGYPTE (chap.IX) (suite)

Aussi,
au silence absolu que les monuments de l'Ancien et du moyen Empire gardent sur le cheval, allons-nous voir succéder, à partir de l'expulsion des Hyksos, la glorification de cet animal et de ses exploits dans les textes hiéroglyphiques, dans les peintures et dans les sculptures des monuments publics et privés.

Ainsi, l'
hiéroglyphe du cheval se rencontre pour la première fois dans les inscriptions des tombeaux d'El-Kab ou Elithyia.

La plus ancienne, sur laquelle nous allons revenir, remonte à la fin de la XVIIe dynastie; c'est celle du tombeau de Pihiri.
Les autres datent du commencement de la XVIIIe dynastie; l'hiéroglyphe du cheval s'y trouve en composition dans le titre de plusieurs fonctionnaires.
(Renseignement oral de M. Maspéro)

Dans la même localité, l'inscription du tombeau d'Ahmès, chef des nautonniers et lieutenant d'Ahmès Ier ou Amosis Ier, montre déjà ce roi sur son char à l'époque de la guerre de l'indépendance.
Cette inscription a été découverte et copiée par Champollion, qui en a fait une courte analyse
(Voyez Champollion, Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, p. 162), et de Rougé a donné depuis la traduction et le commentaire des sept premières lignes.
Ahmès, chef des nautonniers, raconte l'histoire de son enfance dans les premières lignes de cette inscription, puis il ajoute aux lignes 6 et 7:

"Mais lorsque je fus devenu chef de maison, voici que j'allai rejoindre l'expédition du nord pour prendre part aux combats. Mon emploi consistait à servir le souverain, me tenant debout auprès de lui lorsqu'il montait sur son char. " (De Rougé, Mémoire sur l'inscription d'Ahmès, chef des nautonniers, p. 194)

Le char de guerre est seulement cité dans l'inscription d'Ahmès chef des nautonniers;
mais on en trouve déjà la représentation dans le tombeau de son parent et contemporain, le chef militaire Pihiri.
Ce guerrier est descendu de son char, et son écuyer tient en main les deux chevaux sur lesquels nous reviendrons bientôt;
Mais nous devons dire tout de suite que ces chevaux sont déjà désignés par l'hiéroglyphe du cheval... dans une inscription placée au-dessus d'eux et reproduite par Champollion et par Lepsius.
(Voyez Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, tome II, planche 144, fig.1; et Lepsius, Denkmaeler, tome V, section III, planche 10, figure a bis)
[....]

Piétrement 1882

~

 


tombe de Pahéri, El-Kab, (d'après ph. http://www.kemit.club.fr)

 
Après la représentation des chevaux de Pihiri, la plus ancienne est celle des chevaux du tombeau de Rekhmara dont il sera question plus loin
hac6c puis celle des chevaux attelés au char de guerre d'Amenhotep IV ou Aménophis IV, de la XVIIIe dynastie, à Tell-el-Amarna.

*

Les grands tableaux militaires où étaient représentés les chars des armées des Thoutmès et des Aménophis de la XVIIIe dynastie ne sont connus que par des inscriptions qui en donnent l'explication et qui ont seules échappé à la destruction; mais les récits et les tableaux des campagnes des Ramsès de la XIXe et de la XXe dynastie ont été conservés (Voyez les planches des ouvrages suivants: Description de l'Egypte; Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie; Prisse d'Avennes, Monuments égyptiens; Lepsius, Denkmaeler aus Egypten und Æthiopien, etc...); et, Prisse d'Avennes l'a déjà fait observer dans son mémoire précité, ces tableaux

"nous représentent des scènes militaires où les chevaux et les chars de guerre jouent le rôle principal et déterminent des changements notables dans la tactique militaire des Egyptiens."

Le rôle considérable joué par les chevaux sous le nouvel Empire et l'affection dont ils étaient l'objet sont signalés dans une foule de récits, notamment dans le poème de Pentaour,

" l'une des oeuvres les plus considérables et les mieux inspirées de la littérature égyptienne".

Dans ce poème, Pentaour raconte la campagne de l'an V de Ramsès II, le Sésostris des Grecs, en glorifiant surtout la conduite héroïque du Pharaon la veille de la bataille de Kadesh, sur l'Oronte.
Ramsès était tombé dans une embuscade du prince des Khétas. Abandonné d'une partie des siens, il charge lui-même à la tête de sa maison militaire, il soutient le choc de 2500 chars ennemis et les fait six fois reculer. Enfin son armée arrive vers le soir et le dégage; il rassemble ses généraux et les accable de reproches.

" Que dira la terre entière, lorsqu'elle apprendra que vous m'avez laissé seul et sans second ? que pas un prince, pas un officier de chars ou d'archers n'a joint sa main à la mienne? J'ai combattu, j'ai repoussé des millions de peuples, à moi seul. Victoire à Thèbes et Noura satisfaite étaient mes grands chevaux; c'est ceux que j'ai trouvés sous ma main quand j'étais seul au milieu des ennemis frémissants.
Je leur ferai prendre moi-même leur nourriture devant moi, chaque jour, quand je serai dans mon palais, car je les ai trouvés quand j'étais au milieu des ennemis, avec le chef Menna, mon écuyer, et avec les officiers de ma maison qui m'accompagnaient et sont mes témoins pour le combat: voilà ceux que j'ai trouvés. Je suis revenu après une lutte victorieuse, et j'ai frappé de mon glaive les multitudes assemblées."
(Maspéro, Hist. anc. ,p.230-231.)

*

L'usage de la cavalerie proprement dite n'ayant été établi que bien après le temps des Hyksos dans les contrées du sud-ouest de l'Asie d'où ils étaient partis pour envahir l'Egypte - (Voyez plus haut, pages 404 et 405)hac2c, on conçoit que ces conquérants n'aient point transmis cet usage aux Egyptiens.

C'est ce que
Prisse d'Avennes avait déjà constaté dans le mémoire précité.

" Le témoignage unanime des tableaux militaires, peints ou sculptés à diverses époques sur les monuments de la vallée du Nil, prouve qu'il n'y eut pas en Egypte de cavalerie proprement dite...
On a bien remarqué, dans deux ou trois bas-reliefs historiques, un homme monté sur un cheval lancé au galop. Mais, dans un de ces tableaux, le cavalier, monté à poil, est un courrier portant une dépêche qu'il tient dans la main. Dans l'autre scène, les cavaliers sont des étrangers, des ennemis; l'un est un fuyard cherchant son salut dans la vitesse d'un cheval désharnaché, sur lequel il s'est jeté à l'imprévu; l'autre cavalier, traversé par une flèche que son bouclier n'a pu parer, essaie encore de fuir sur un cheval lancé à toute jambes."

On trouvera les scènes décrites par Prisse d'Avennes et d'autres analogues dans les planches 17 bis, 21,22,300,329 et 439 des Monuments de l'Egypte et de la Nubie de Champollion, qui dit dans l'explication de la planche 439:

" Bas-relief détaché d'un monument inconnu; plusieurs hommes transportent à dos une longue pièce de bois; un cavalier, sujet rare dans les monuments égyptiens, les précède."

Quelques textes hiéroglyphiques parlent aussi d'hommes à cheval chez les étrangers. Le plus ancien est celui d'une stèle très mutilée de Karnak. Amenhotep II ou Aménophis II, de la XVIIIe dynastie, y raconte ses campagnes en Syrie, et il dit:

" Sa Majesté s'avança pour examiner le pays d'Anato, et comme Sa Majesté faisait cela, quelques Asiatiques vinrent à cheval."
( renseignement oral de M. Maspéro) )

Aussi M. Chabas a-t-il pu dire à la page 446 de ses Etudes sur l'antiquité historique:

" Les Khétas, qui, à l'époque de leur prédominance dans l'Asie occidentale avaient dans leurs armées des corps très nombreux, employaient aussi des cavaliers armés et non armés. "

Il montre même, à l'appui de ce dernier fait des cavaliers khétas copiés sur les tableaux des campagnes de Séti Ier et de son fils Ramsès II, de la XIXe dynastie.

Plus tard, lors de la révolte des troupes égyptiennes, Amasis ou Ahmès II, le chef des rebelles, était à cheval lorsqu'il reçut d'une manière fort incongrue l'envoyé d'Apriès
(Hérodote, II, 172).

Enfin, à la suite de nombreuses recherches sur la question, M. Chabas est arrivé à cette conclusion, qui est la vraie :

" Les armées égyptiennes ne comprenaient pas de corps de cavalerie proprement dite; mais certains officiers étaient montés sur des chevaux pour remplir un service qu'on peut comparer à celui des officiers d'ordonnance de nos généraux;" (Chabas, Etudes sur l'antiq. hist. p. 423)

et aussi, pouvons-nous ajouter, pour faire le service d'éclaireurs.

M. Chabas dit en outre:

" Les armées des peuples d'Asie ne paraissent pas avoir eu de corps de cavalerie. De même que chez les Egyptiens elles ne comprenaient que des chars. On y voit cependant aussi, comme chez les Egyptiens, quelques cavaliers armés d'arcs et de boucliers (Chabas, Etudes sur l'antiq. hist, p. 444).

Ce jugement ne peut s'appliquer, bien entendu, qu'aux peuples de Syrie et d'Assyrie contemporains des premières dynasties du Nouvel Empire égyptien;
car on a vu dans le chap.IV, § 2 et 3, que les Iraniens et les Hindous ont très anciennement possédé de la cavalerie proprement dite, et dans le chap. VII que les Assyriens et les Syriens, notamment ceux du pays d'Hamath, en avaient aussi dès le temps de Sardanapale III et de Sargon.
On voit, d'après ce qui précède, que
Diodore (I,54) s'est écarté de la vérité en donnant à Sésostris, qu'il nomme Sésoôsis " (Le nom de Sésostris et Serôsis est tiré d'un des noms populaires de Ramsès II, Sestou-râ ou Sessou-râ." (Maspéro, Hist. anc. p 22, note2), une armée de

"600 000 fantassins, 24000 cavaliers et 27 000 chars de guerre."

Homère est au contraire resté dans la vraisemblance historique quand il a fait dire à Achille refusant les présents d'Agamemnon:

"Ses dons me sont odieux, et lui, je le méprise comme un Carien.
Dût-il m'offrir dix fois, vingt fois autant de richesses qu'il en a ou en aura un jour, autant qu'il en arrive dans Orchomène ou dans Thèbes d'Egypte, dont les palais en sont remplis, dont les cent portes s'ouvrent pour laissser sortir chacune deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs chars; dût-il m'offrir autant de joyaux précieux qu'il y a de grains de sable et de poussière, jamais Agamemnon ne me fléchira, qu'il n'ait jusqu'au bout expié son intolérable outrage. "
(Iliade, IX, p.125.)

La comparaison de ces deux passages suffirait presque à elle seule pour montrer que l'usage de la cavalerie proprement dite s'établit en Egypte entre l'époque d'Homère et celle de Diodore, probablement sous Psamétik Ier, qui, monté sur le trône en l'an 627, essaya de changer l'organisation sociale de l'Egypte en attirant une foule de Syriens, de Cariens et de Grecs parmi lesquels il choisit sa milice d'honneur pour remplacer celle des Maschouasch. (Voyez Maspéro, Hist anc p 490,493)

*

L'établissement relativement récent de la cavalerie proprement dite en Egypte n'a pas empêché la Bible de lui en donner dès l'époque de Moïse; et, dans son mémoire précité, Prisse d'Avennes a essayé de justifier la Bible par les considérations suivantes.

" Cette mention de la cavalerie égyptienne, fréquemment répétée dans la Bible, n'infirme cependant pas l'autorité des monuments.
En recourant aux textes originaux, on trouve plutôt mentionnés les chevaux et les chariots de Pharaon que des cavaliers et de la cavalerie proprement dite.

Rosellini (
Monumenti civili, t.III) a très bien discuté ce point de critique historique et prouvé que le mot hébreu qu'emploie Moïse ou l'auteur de la narration n'exprime nullement des chevaux montés par des cavaliers, mais seulement des chevaux harnachés, ce qui doit s'entendre par des chevaux préparés pour les chars et aussi des chevaux de rechange.
Avec cette modification dans la signification des mots, la tradition historique n'est plus contredite par les monuments qui, soit antérieurs, soit postérieurs à Moïse, rendent constamment le même témoignage contre l'existence de la cavalerie proprement dite dans l'armée égyptienne.
" Du reste, les textes hiéroglyphiques retracent par des signes ce que le langage copte traduit par
tentathôré, mot à mot chevaux combattants, les soldats montés sur des chars (Voy. Salvolini, Campagne de Ramsès contre les Schéta, p 73).
Dans le dénombrement de l'armée de Schéta (Scytho-Bactriens), sur une des murailles du palais de Karnac, il est dit que cette armée s'élevait à deux mille cinq cent soixante chevaux, évidemment pour désigner un pareil nombre d'hommes montés sur des chars de guerre, puisqu'on ne remarque aucun cavalier dans ce tableau. Le texe hébreu de la Bible et les légendes hiéroglyphiques des bas-reliefs militaires se servent, comme on le voit, des mêmes expressions."

Mais on verra dans le chapitre X que si l'expression parachîm de l'Exode peut être justifiée par les considérations de Prisse d'Avennes, il n'en est pas ainsi de l'expression sôus ouéroukhbou du même livre.

*

Les chars de guerre des monuments sont généralement attelés de deux chevaux ; on remarque seulement quelques chars attelés de quatre chevaux de front parmi ceux des Pharaons, mais ce sont des chars de parade ou de triomphe.

Les monuments représentent au moins
aussi souvent des étalons que des juments dans les attelages de guerre. Toutefois on a vu que les grands chevaux de Ramsès II signalés par Pentaour éaient des juments, avaient des noms féminins; et, dans le Papyrus Anastasi III, écrit sous Ramsès II, le scribe Amenemapt dit au scibe Penbesa :

" Quand te sera apporté cet écrit de communication, applique toi à devenir scribe; tu primeras tout le monde. Arrive que je te dise les devoirs fatigants de l'officier de chars....
Après qu'on l'a dressé, il part pour choisir un attelage dans les écuries de Sa Majesté, vie, santé, froce; à peine a-t-il pris les bonnes cavales, il se réjouit à grand bruit. Pour arriver avec elles à son bourg, il se met au galop, mais n'est bon qu'à galoper sur un bâton
" (Maspéro, Hist. anc., p. 268

Piétrement 1882

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