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* malgré son intérêt, la justification de ce choix parmi les traductions de la Bible n'a pas été recopiée

ABSENCE INITIALE ET INTRODUCTION DE L'USAGE DU CHEVAL CHEZ LES HEBREUX
(Chap X)

[...] nous écrirons (..) l'histoire du Cheval chez les Hébreux en citant textuellement tous les passages de la Bible qui peuvent l'éclairer.
Quoique la traduction de Lemaistre de Sacy, faite sur la Vulgate, soit probablement encore aujourd'hui celle qui est la plus répandue en France,
nous continuerons d'adopter pour nos citations la version de David Martin. [....]*

....

Et, cela étant expliqué, nous pouvons aborder l'étude des documents que la Bible fournit sur l'histoire du cheval, depuis l'origine des choses jusqu'au moment où cet animal fut définitivement accepté comme auxiliaire par les Israélites.

Piétrement 1882

.

 


Il n'est pas utilisé par les patriarches

 

 
Avant l'entrée de Joseph en Egypte, il n'est pas une seule fois question du cheval dans la Genèse; il n'est même fait jusque là aucune allusion pouvant se rapporter à cet animal, soit dans l'histoire de la création et des temps antédiluviens, soit dans l'énumération quelquefois très détaillée des richesses que possédaient les personnages postérieurs au déluge,[...]

[...] Les seuls passages de la Genèse qui parlent de chevaux et de chariots se rapportent à l'Egypte; tous doivent trouver place ici.

" Alors Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit en celle de Joseph, et le fit vêtir d'habits de fin lin, et lui mit un collier d'or au cou; et le fit monter sur le chariot qui était le second après le sien, et on criait devant lui: Qu'on s'agenouille. Et il l'établit sur tout le pays d'Egypte." (Genèse, XLI, 42-43)

Au second voyage des fils de Joseph en Egypte, Joseph leur dit:

" faites ceci, prenez avec vous du pays d'Egypte des chariots pour vos petits enfants, et pour vos femmes, et amenez votre père, et venez.. Et Joseph leur donna des chariots selon l'ordre de Pharaon... Ainsi ils remontèrent d'Egypte et vinrent vers Jacob, leur père, au pays de Canaan; et ils rapportèrent et lui dirent: Joseph vit encore, et même il commande sur tout le pays d'Egypte. Et le coeur lui défaillit, quoiqu'il ne les crût pas. Et ils lui dirent toutes les paroles que Joseph leur avait dites; puis il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le porter; et l'esprit revint à Jacob leur père. Alors Israël dit: C'est assez; Joseph mon fils vit encore; j'irai et je le verrai avant que je meure. (Gen. XLV, 19, 21, et 25-28)
.....
" Israël donc partit, avec tout ce qui lui appartenait;... et les enfants d'Israël mirent Jacob leur père, et leurs petits enfants, et leurs femmes sur les chariots ... Et Joseph fit atteler son chariot et monta pour aller au devant d'Israël, son père, en Goscen... Puis Joseph dit à ses frères et à la famille de son père: Je remonterai et ferai savoir à Pharaon et lui dirai: mes frères et la famille de mon père, qui étaient au pays de Canaan, sont venus vers moi; et ces hommes sont bergers, et se sont toujours mêlés de bétail, et ils ont amené leurs brebis et leurs boeufs et tout ce qui était à eux. Or il arrivera que Pharaon vous fera appeler et vous dira: Quel est votre métier? Et vous direz: Tes serviteurs se sont toujours mêlés de bétail, ...; car les Egyptiens ont en abomination les bergers."
(Gen., XLVI, 1,5,et 29-34)

Après le récit de l'installation en Egypte des soixante-dix personnes qui composaient la famille de Jacob, ("Toutes les personnes donc de la famille de Jacob qui vinrent en Egypte furent soixante et dix" (Genèse, XLVI, 27), sans compter les femmes des enfants de Jacob, comme on peut le voir au verset précédent, ou verset 26) la Genèse continue ainsi:

"Or il n'y avait point de pain en toute la terre, car la famine était très grande; et le pays d'Egypte et le pays de Canaan ne savaient que faire à cause de la famine. Et Joseph amassa tout l'argent qui se trouva au pays d'Egypte et au pays de Canaan pour le blé qu'on achetait et il porta l'argent au pays de Pharaon. Et l'argent du pays d'Egypte et du pays de Canaan manqua; et tous les Egyptiens vinrent à Joseph en disant: Donne-nous du pain; et pourquoi mourrions-nous devant tes yeux, parce que l'argent a manqué? Joseph leur répondit: Donnez votre bétail, et je vous en donnerai pour votre bétail; et Joseph leur donna du pain pour des chevaux, pour des troupeaux de brebis, pour des troupeaux de boeufs, et pour des ânes; ainsi ils les sustenta de pain cette année-là pour tous leurs troupeaux. " (Genèse, XLVII, 13-17.)

Sur son lit de mort,

"Jacob appela ses fils et leur dit: Assemblez-vous et je vous déclarerai ce qui doit arriver aux derniers jours..; Dan sera un serpent sur le chemin, une couleuvre dans le sentier, mordant les paturons du cheval, et celui qui le monte tombe à la renverse." (Gen., XLIX, 1 et 17.)

Enfin lorsque Joseph monta au pays de Canaan pour y enterrer Jacob,

" les serviteurs de Pharaon, les anciens de la maison de Pharaon, et tous les anciens du pays d'Egypte montèrent avec lui; et toute la maison de Joseph, et ses frères, et la maison de son père, ....... Il monta aussi avec lui des chariots et des gens de cheval, tellement qu'il y eut un fort gros camp... Et après que Joseph eut enseveli son père, il retourna en Egypte avec ses frères et tous ceux qui étaient montés avec lui pour enterrer son père. " (Gen., L, 7-9 et 14)

~

Ce sont là les seuls passages de la Genèse où l'on puisse trouver quelque indication pouvant se rapporter au cheval, dont le nom lui-même n'est cité que deux fois dans le texte hébreu de ce livre: la première fois au pluriel, soûsim, à propos des chevaux que les Egyptiens donnent à Joseph pour avoir du pain; la seconde au singulier, soûs, à propos du cheval mordu aux paturons [...] l'expression que D. Martin rend dans ce dernier passage par "celui qui le monte" est le mot hébreu roukhbou. Ce mot est traduit littéralement; sa racine est le verbe râkib, qui a toute l'ampleur de signification de notre expression monter à cheval, à laquelle il correspond. Ainsi le mot râkib s'emploie en hébreu pour dire monter sur un animal quelconque, même sur un objet inanimé; et l'on peut s'en servir dans des phrases ayant le sens de celles-ci: bâtir une ville à cheval sur une rivière; établir un camp, une colonne d'infanterie à cheval sur un monticule; et même tout simplement: monter sur un banc, sur une table, sur la terrasse d'une maison (Le verbe arabe râkiba, equitavit, a la même étendue de signification). Le mot roukhbou est d'ailleurs loin d'avoir toute l'étendue de signification de son radical, et il est clair qu'il désigne un cavalier dans l'allocution de Jacob, puisque l'animal sur lequel on monte est un cheval.
Quant au mot que la version française rend par
"gens de cheval", à propos du voyage de Joseph en Palestine, c'est l'hébreu parachim, pluriel de parach, que nous retrouverons bientôt dans l'Exode, et auquel la Bible donne tantôt le sens de chevaux, tantôt celui de cavaliers,(..).
Les chariots de Pharaon, de Joseph et de sa suite étaient certainement des chars de guerre ou de parade traînés par des chevaux: [...]. Il pourrait encore en être ainsi des chariots que Joseph envoie au pays de Canaan pour ramener son père et les familles de ses frères, quoiqu'il soit plus probable que c'étaient des chars de voyage traînés soit par des chevaux, soit par des boeufs ou par des ânes.

En résumé, la Genèse, d'accord avec les monuments, représente l'Egypte couverte de chevaux et de chars dès l'époque de Joseph.
Mais elle n'en donne la possession qu'aux Egyptiens. L'allocution de Jacob à Dan prouve qu'on montait alors le cheval et qu'il le savait; ce qui ne doit pas surprendre, puisqu'il avait beaucoup voyagé, qu'il avait passé vingt ans en Mésopotamie et dix-sept ans en Egypte.
Mais la Genèse n'indique nullement que le cheval ait été utilisé par Jacob, ni par aucun de ses ancêtres, auxquels elle donne partout des chameaux, des ânes, des boeufs, des chèvres et des moutons, mais pas un seul cheval; elle les dépeint comme des bergers avant leur entrée en Egypte, et elle représente leurs descendants comme devant rester tels dans la contrée de Goscen.

On fait même une concession bénévole en raisonnant comme si la prédiction de Jacob mourant était authentique; car les exégètes ont reconnu qu'elle contient des interpolations relativement récentes
(Voyez Renan, Hist. gén. des langues sémitiques, p. 122-123); mais ce qui vient d'en être dit prouve que l'interpolateur a été moins maladroit que celui du cantique du chapitre XV de l'Exode dont il sera bientôt question.

Piétrement 1882

.

 


Il n'est pas utilisé pendant l'exode

 

  Il est d'ailleurs impossible de savoir si les Israélites ont momentanément adopté l'usage du cheval pendant leur séjour en Egypte, car cette période de leur existence n'a pas eu d'historiens.

[...] l'Exode nous transporte à l'époque de la naissance de Moïse. Ce dernier livre nous montre le peuple d'Israël opprimé par le Pharaon et Moïse se mettant à sa tête pour le conduire hors d'Egypte.
Dieu dit à Moïse:
" Et je ferai que ce peuple trouvera grâce auprès des Egyptiens; et il arrivera que, quand vous partirez, vous ne vous en irez point à vide; mais chacune demandera à sa voisine, et à l'hôtesse de sa maison, des vaisseaux d'argent et des vaisseaux d'or, et des vêtements que vous mettrez sur vos fils et sur vos filles; ainsi vous butinerez les Egyptiens. " (Exode, III, 21-22.)
.....
Il s'en alla aussi avec un grand nombre
de toutes sortes de gens, et du menu et du gros bétail en fort grands troupeaux. ..... Il arriva donc au bout de quatre cent trente ans, il arriva, dis-je, en ce propre jour-là, que les bandes de l'Eternel sortirent du pays d'Egypte." (Exode, XII, 35-41.)

[...] la tradition la plus accréditée place l'Exode sous le règne de Menephtah Ier, fils de Ramsès II, de la XIXe dynastie.

[...]Quoique l'Egypte ait été déjà couverte de chevaux à l'époque de l'Exode, les Israélites n'en emmenèrent cependant aucun avec eux,[....] On ne saurait du reste admettre que des chevaux pouvaient être implicitement compris dans la dénomination générale de gros bétail; car la suite du récit biblique va montrer que Moïse regardait l'usage de ces animaux comme incompatible avec le caractère qu'il voulait imprimer à son peuple, lequel n'a commencé à utiliser les chevaux que plusieurs siècles après son entrée dans le pays de Canaan.

Quoique l'Exode garde le silence le plus complet sur les chevaux chaque fois qu'il parle des Hébreux , il en fait, comme la Genèse, une mention très fréquente dans tous les passages relatifs aux Egyptiens.

Ainsi on lit dans le narré de la cinquième plaie :

" L'Eternel dit à Moïse: Va vers Pharaon et lui dis: Ainsi a dit l'Eternel, le Dieu des Hébreux: laisse aller mon peuple, afin qu'ils me servent. Car si tu refuses de les laisser aller, et si tu les retiens encore, voici, la main de l'Eternel sera sur ton bétail qui est aux champs, tant sur les chevaux que sur les ânes, sur les chameaux, sur les boeufs et sur les brebis, et il y aura une très grande mortalité." (Exode, IX, 1-3)

Et l'histoire de la poursuite des Hébreux par Pharaon contient ces passages:

"Alors il fit atteler son chariot, et il prit son peuple avec lui. Il prit donc six cents chariots d'élite, et tous les chariots d'Egypte... Les Egyptiens donc les poursuivirent; et tous les chariots de Pharaon, ses gens de cheval et son armée les atteignirent comme ils étaient près de la mer, ..... Et lorsque Pharaon se fut approché, les enfants d'Israël levèrent les yeux; et voici, les Egyptiens marchaient après eux;... Or l'Eternel avait dit à Moïse: ... Elève ta verge et étends ta main sur la mer, et la fends; et que les enfants d'Israël entrent au milieu de la mer à sec. ... Et les Egyptiens les poursuivirent, et ils entrèrent après eux au milieu de la mer; savoir, tous les chevaux de Pharaon, ses chariots et ses gens de cheval. Mais il arriva que sur la veille du matin, l'Eternel, étant dans la colonne de feu et dans la nuée, regarda le camp des Egyptiens et le mit en déroute. Il ôta les roues de leurs chariots et fit qu'on les menait bien pesamment...
Et l'Eternel dit à Moïse: Etends ta main sur la mer, et les eaux retourneront sur les Egyptiens, sur leurs chariots et sur leurs gens de cheval. Moïse donc étendit sa main sur la mer; et la mer reprit son impétuosité comme le matin venait; les Egyptiens, s'enfuyant, rencontrèrent la mer
qui s'était rejointe; et ainsi l'Eternel jeta les Egyptiens au milieu de la mer. Car les eaux retournèrent et couvrirent les chariots et les gens de cheval de toute l'armée de Pharaon, qui étaient entrés après les Israélites dans la mer, et il n'en resta pas un seul." (Exode, XIV, 6-28)

"Alors Moïse et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique à l'Eternel et dirent: je chanterai à l'Eternel, car il s'est hautement élevé; il a jeté dans le mer le cheval et celui qui le montait... Car le cheval de Pharaon est entré dans la mer, avec son chariot et ses gens de cheval, et l'Eternel a fait retourner sur eux les eaux de la mer; mais les enfants d'Israël ont marché à sec au milieu de la mer. ...(Exode, XV, 1, et 19-21)

Ainsi que la Genèse, l'Exode ne donne des chars et des chevaux qu'aux Egyptiens, nullement aux Israélites, qu'il dépeint au contraire comme épouvantés à l'aspect de ceux de Pharaon.

C'est du reste ce récit du passage de la mer Rouge qui a fait dire que la Bible donne de la
cavalerie proprement dite aux Egyptiens de l'époque de Moïse. L'un des mots qui ont contribué à le faire croire est l'hébreu parachim, pluriel de parach, [...], auquel la Vulgate et de Sacy attribuent le sens de cavaliers, et que Martin et Ostervald rendent par "gens de cheval", [...]

Il est certain que la Bible emploie le plus souvent ce mot pour désigner des cavaliers; il n'y a pas à s'y méprendre dans une foule de ses versets, notamment dans celui-ci:

"Or Ahola a commis l'adultère étant ma femme, et s'est rendue amoureuse de ses amoureux: c'est à dire les Assyriens ses voisins, vêtus de pourpre, gouverneurs et magistrats, tous jeunes et aimables, tous cavaliers (parachim) montés (roukhbi) sur des chevaux (soûsim)." (Ezéchiel, XXIII, 5)

Les parachim assyriens d'Ezéchiel sont incontestablement de véritables cavaliers.
Aussi
Martin et Ostervald se servent-ils tous les deux du mot cavaliers dans ce verset, de même que dans beaucoup d'autres, où le sens est également évident. Cet accord remarquable des deux traducteurs, rapproché de leur façon de rendre la même expression hébraïque dans l'Exode et dans la Genèse, porte à croire qu'ils avaient déjà vu que les parachim des Egyptiens du Pentateuque n'étaient pas de véritables cavaliers.

D'autre part, on a vu dans le chapitre IX que
Rosellini attribue aux parachim des divers passages de l'Exode le sens de chevaux harnachés; et que Prisse d'Avennes pense que c'étaient des chevaux de rechange qui devaient en effet exister dans les armées égyptiennes pour remplacer les chevaux attelés qui devenaient indisponibles ou qui étaient tués dans les combats.
En présence de cette discordance des interprétations que l'on a données de l'hébreu
parach, nous devions ne rien négliger pour nous éclairer sur son véritable sens, et nous avons eu recours à l'obligeance de M. Oppert, qui nous a assurré que ce mot signifie également cheval et cavalier.

Parach est donc un mot qui, malgré l'unité de sa racine et l'identité constante de sa représentation graphique et de son mode de prononciation, a cependant deux acceptions parfaitement distinctes. Personne n'ignore du reste que de semblables expressions ne sont rares dans aucune langue; que le latin aureax, par exemple, signifie tantôt cheval tantôt cavalier, comme l'hébreu parach; et l'on a vu (..) qu'il en est de même du mot eques.
Dans chaque cas particulier, le sens de la phrase peut donc seul éclairer sur la véritable acception de
parach.
Or l'étude des anciens monuments de la vallée du Nil ayant démontré que les anciens Egyptiens n'avaient pas de cavalerie proprement dite dans leurs armées, (...), on peut supposer que les parachim du XIVe chapitre de l'Exode, étaient des soldats combattant sur des chars, et que l'auteur de ce livre s'est servi de ce mot, qui dans ce cas signifierait cavalier, pour éviter une périphrase, [...].
Il est même possible que l'auteur du
XIVe chapitre de l'Exode ait voulu désigner par ce mot tous les chevaux de l'armée égyptienne avec les combattants en chars et les hommes conduisant les chevaux de rechange.[...]

Quant à l'expression " le cheval et celui qui le montait" (soûs ouéroukhbou) (Ouéroukhbou est composé de roukhbou, cavalier, celui qui monte, et de oué prosthétique, qui correspond à notre conjonction copulative et ), qu'on vient de rencontrer deux fois dans le cantique du XVe chapitre de l'Exode, il est difficile d'admettre qu'elle puisse désigner autre chose que de véritables cavaliers. Mais, à la page 124 de son Hist. gén.des langues sémit., M. Renan fait observer que, sous le rapport du langage, ce cantique n'a pas la physionomie d'archaïsme propre à certains autres passages du Pentateuque, et qu'

"on ne peut douter qu'il n'ait été développé d'une façon oratoire à une époque relativement moderne"

On peut en conclure que cette mention de véritables cavaliers égyptiens, à l'époque de Moïse, est une interpolation maladroite, faite à une époque où les Egyptiens avaient enfin adopté l'usage de la véritable cavalerie, par un auteur aussi peu instruit sur l'histoire hippique de ce peuple que son compatriote Flavius Josèphe, lequel

"donne aux Egyptiens poursuivant les Hébreux six cents chariots, cinquante mille cavaliers et deux cent mille fantassins",

comme Prisse d'Avennes l'a déjà fait remarquer dans son mémoire Des chevaux chez les anciens Egyptiens.

Quoi qu'il en soit, si le cheval a fait son apparirion dans la Bible avec les Egyptiens, il en disparaît pour quelque temps avec eux; il n'est plus une seule fois question de lui dans les vingt-cinq derniers chapitres de l'
Exode, ni dans le Lévitique, ni dans le livre des Nombres; et le Deutéronome n'en parle que dans quatre passages.

Le Deutéronome débute ainsi:

"Or il arriva en la quarantième année, au premier jour du onzième mois, que Moïse parla aux enfants d'Israël selon ce que l'Eternel lui avait commandé de leur dire." (Deut. I, 3)

Ce livre renferme donc les dernières instructions que le législateur donne aux Hébreux avant de mourir.
Moïse leur rappelle d'abord tout ce que Jéhovah a fait pour eux :

" Et connaissez.. ce qu'il a fait à l'armée d'Egypte, à ses chevaux et ses chariots, quand il a fait que les eaux de la mer Rouge les ont couverts, lorsqu'ils vous poursuivaient." (Deut., XI, 2-4)

Puis il dit à son peuple:

" Quand tu iras à la guerre contre tes ennemis, et que tu verras des chevaux et des chariots, et un peuple plus grand que toi, n'aie point peur d'eux; car l'Eternel, ton Dieu, qui t'a fait monter du pays d'Egypte, est avec toi." (Deut. XX, 1)

Depuis leur sortie d'Egypte, les Israélites n'avaient plus combattu contre des peuples possesseurs de chevaux; [....]

Le seul autre passage du Deutéronome où il soit question des chevaux est bien connu, Moïse dit au peuple d'Israël :

" Quand tu seras entré au pays que l'Eternel, ton Dieu, te donne, et que tu le posséderas et y demeureras, si tu dis : J'établirai un roi sur moi, comme toutes les nations qui sont autour de moi; tu ne manqueras pas de t'établir pour roi celui que l'Eternel, ton Dieu, aura choisi; tu t'établiras pour roi un homme qui soit d'entre tes frères;... Seulement il ne fera pas un amas de chevaux, et il ne ramènera point le peuple en Egypte pour faire un amas de chevaux;... " (Deut., XVII, 14-20)

Quelques personnes ont regardé ce passage comme une interpolation, parce qu'on peut y voir une allusion assez claire à l'histoire de Saül sacré roi par Samuel, et une critique assez transparente de la conduite de Salomon; évènemens postérieurs d'environ cinq siècles à la mort de Moïse.

Incontestablement, les cinq livres attribués à ce législateur, la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, auxquels les Juifs donnent le nom de Torah (la loi) et que les traducteurs grecs ont appelés le Pentateuque, ne peuvent être considérés, sous leur forme actuelle, comme la composition immédiate de Moïse. La rédaction du Pentateuque, telle que nous la possédons, ne peut remonter au delà du règne de Josias, roi de Juda, c'est à dire du dernier tiers du VIIe siècle avant Jésus-Christ
(voyez Volney, Oeuv. comp., p 327-342); on la considère même aujourd'hui comme l'oeuvre d'Esdras, le contemporain de Cyrus.

Cependant on est forcé de reconnaître que c'est bien la loi mosaïque qui n'a cessé de régir les Israélites, puis les Juifs, jusqu'aujourd'hui
(Pendant la période antique, les étrangers les appelaient Hébreux (Ibrim), du surnom de Ibri, transfluvianus, donné à Abraham; mais entre eux ils s'appelaient Israélites (Bené Israël) du surnom de Jacob. C'est seulement après l'exil de Babylone qu'ils adoptèrent, du nom de la tribu de Juda, celui de Yehoudîm, c'est à dire Judéens, et par corruption Juifs. Voir pour les détails la Palestine de Munk, aux pages 102,111, 461 et 462.).
Si le Pentateuque ne contient pas les lois de Moïse, telles qu'il les a écrites ou dictées, il en contient au moins l'esprit; et les prescriptions du passage précédent ont certainement une assez grande portée et sont assez conformes aux vues de ce législateur pour que l'on croie qu'elles sont de lui.
[...] Les recommandations du passage précédent ne se trouvent que dans le
Deutéronome;

Piétrement 1882

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