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HAUTE ANTIQUITE

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Hébreux (2)

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Moïse en proscrit l'usage

 

 

ABSENCE INITIALE ET INTRODUCTION DE L'USAGE DU CHEVAL CHEZ LES HEBREUX (Chap. X) (suite)

[...] Il est clair que
Moïse cherche tout simplement à empêcher les futurs rois d'Israël de prendre les moeurs et les habitudes des autres rois de l'Orient, parce qu'il en redoutait les fatales conséquences pour son peuple.
Nous avons rapporté tous les passages du Pentateuque qui font mention du cheval.
Nous pensons qu'on peut déjà en conclure que les Israélites ne s'en sont pas servis avant leur arrivée sur les bords du Jourdain sous la conduite de Moïse, et que ce législateur redoutait même de voir son usage se répandre chez eux.[...]

Dans l'un des derniers chapitres du Deutéronome, Moïse, sentant sa fin approcher, exhorte les Israélites à conserver sa loi; il les menace, s'ils y désobéissent, d'une foule de calamités [...]

Cela ressort peut-être encore plus clairement de l'étude de la question des prémices et des autres revenus de la classe sacerdotal chez les Hébreux,[...]

Selon la loi mosaïque, les quadrupèdes (mammifères) sont purs et peuvent être mangés lorsqu'ils ont le sabot divisé et qu'ils ruminent :

" Ce sont ici les bêtes à quatre pieds dont vous mangerez : le boeuf, ce qui naît des brebis et des chèvres, le cerf, le daim, le buffle, le chamois, le chevreuil, le boeuf sauvage et la girafe. " (Deut. XIV, 4-5) "
.......

"Vous mangerez donc d'entre les bêtes à quatre pieds, de toutes celles qui ont l'ongle divisé, le pied fourché et qui ruminent. "
(Lévitique, XI, 3; Deut. XIV, 6)

[....]

Quoiqu'il fût défendu de manger les animaux impurs, on pouvait les utiliser pour le travail et pour d'autres usages. Ainsi l'âne et le chameau, animaux impurs pour les Hébreux, leur servaient de bêtes de somme et de montures; et l'on pouvait offrir à Jéhovah des peaux de blaireau ou taisson,[....]

Mais Jéhovah n'admettait, parmi les quadrupèdes, que les trois espèces domestiques bovine, ovine et caprine, pour les sacrifices sanglants: clause expresse d'où découlaient des règlements d'une grande importance sur l'offrande des prémices. [....]

Quelle que soit l'origine de cette loi, elle donnait aux prêtres tous les premiers-nés des hommes et des animaux, et l'on devait racheter ceux des hommes et des bêtes immondes. Or l'âne, animal impur, avait été considéré comme assez important pour que la loi fixât le prix du rachat de son premier-né: c'était un chevreau.[....]
par la modicité du prix exigé pour le rachat du premier-né de l'âne, Moïse avait voulu concilier deux intérêts : celui de la multiplication d'une bête de somme précieuse pour un pays très accidenté, d'une monture modeste qui se prêtait peu aux expéditions lointaines; et celui de l'augmentation des revenus de la caste sacerdotale, sujet qui a singulièrement préoccupé le législateur hébreu.
[....], comment expliquer que Moïse, dont la législation s'occupe du présent et de l'avenir de son peuple, n'ait rien spécifié pour le rachat des premiers-nés de la
jument, si les Hébreux avaient eu des chevaux de son temps, ou s'il avait voulu qu'ils en eussent plus tard. En outre, puisqu'il fixe deux fois dans l'Exode, pour le rachat du premier-né de l'âne, un prix qui par sa modicité doit être considéré comme un encouragement à la multiplication de cette espèce si utile, pourquoi n'a-t-il rien statué de semblable à l'égard du cheval?
Evidemment parce que Moïse redoutait un tel auxiliaire, trop capable de créer à son possesseur des relations lointaines dont le législateur voulait à tout prix préserver les Istraélites.
C'est ce que la suite du récit biblique démontrera d'une façon encore plus péremptoire.

Piétrement 1882

~

 


Il n'est pas utilisé sous Josué

 

 
Moïse s'était nommé un successeur avant de mourir; il avait désigné Josué au détriment de ses propres fils.
Un tel choix prouve que Josué était pénétré des principes de Moïse et qu'il avait toutes les qualités requises pour les faire triompher. [...]

Les Israëlites ne paraissent pas avoir rencontré de chevaux au sud, à l'est et au nord-est de la mer Morte, chez les peuples avec lesquels ils eurent des rapports avant de passer le Jourdain.[....]

Les dix premiers chapitres du livre de Josué ne signalent pas davantage la présence du cheval chez les tribus éablies vers l'embouchure du Jourdain et dans les montagnes des environs de Jérusalem,[....]

A Jéricho,

" quand le peuple eut ouï le son des cors et eut jeté un grand cri de joie, la muraille tomba sous soi; et le peuple monta dans la ville chacun vis-à-vis de soi; et ils la prirent...et passèrent au fil de l'épée tout ce qui était dans la ville, depuis l'homme jusqu'à la femme, depuis le vieillard jusqu'à l'enfant, même jusqu'au boeuf, au menu bétail et à l'âne... Puis ils brûlèrent par le feu la ville ..." (Josué, VI, 20-24)

Ce qui fut ponctuellement exécuté.
[....]
Si les chevaux n'ont pas encore paru dans cette première campagne, ils vont se montrer dans la grande coalition qui se prépare pour repousser l'invasion: ce qui prouve qu'ils n'étaient alors utilisés que par une partie des nombreuses tribus plus ou moins indépendantes qui occupaient la Palestine.

" Ils sortirent donc, et toutes leurs armées avec eux, un grand peuple, comme le sable de la mer, par leur multitude; il y avait aussi des chevaux et des chariots en fort grand nombre... Et l'Eternel dit à Josué: Ne les crains point; car demain, environ cette même heure, je les livrerai tous blessés à mort devant l'Eternel, tu couperas les jarrets à leurs chevaux, tu brûleras au feu leurs chariots. ...
Et Josué leur fit comme l'Eternel lui avait dit...... "
(Josué, XI, 1-15)

[...] le texte de la Bible est formel; Josué agit d'après les precriptions de Moïse, et il n'en omet aucune; c'est par son ordre qu'il extermine les peuples dont il convoite le pays, qu'il conserve le butin et le bétail, qu'il coupe les jarrets des chevaux.

Plus tard, Mahomet élèvera la production des chevaux de guerre à la hauteur d'un acte religieux des plus méritoires;
Moïse, au contraire, ordonne à son peuple de les détruire;


[...]
Après le partage de la Terre promise entre les tribus d'Israël,

" Les enfants de Joseph parlèrent à Josué en disant: ... tous les Cananéens qui habitent au pays de la vallée ont des chariots de fer .....;" (Josué, XVII, 14-18)

Enfin, dans les versets 6 et 7 du dernier chapitre du livre qui porte son nom, Josué rappelle encore aux Hébreux que Dieu les a délivrés des chariots et des gens de cheval de Pharaon.
Quant au livre des Juges, il ne parle des chevaux que dans deux circonstances.
Juda, successeur immédiat de Josué, entreprit la conquête des pays situés au sud-ouest de Jérusalem; il pénétra jusque chez les Philistins et atteignit même la mer de Gaza:

" Et l'Eternel fut avec Juda, .... mais ils ne dépossédèrent pas les habitants de la vallée, parce qu'ils avaient des chariots de fer. " (Juges, I, 19)
.......
" Mais les enfants d'Israël se mirent encore à faire ce qui déplaît à l'Eternel après qu'Ehud fut mort. C'est pourquoi l'Eternel les vendit en la main de Jabin, roi de Canaan, ...de l'armée duquel Sisera était le chef, . Et les enfants d'Israël crièrent à l'Eternel; car Jabin avait neuf cents chariots de fer, et il avait violemment opprimé les enfants d'Israël durant vingt ans.... Et Sisera assembla tous ses chariots,
savoir, neuf cents chariots de fer, et tout le peuple qui était avec lui.... Et l'Eternel frappa Sisera, et tous ses chariots, et toute l'armée au tranchant de l'épée devant Barak; et Sisera descendit de chariot et s'enfuit à pied.... " (Juges, IV, 1-4 et 13-16)
......
" En ce jour-là, Débora, avec Barak, fils d'Abinoham, chanta en disant: .... Alors a été rompue la corne des pieds des chevaux par le battement des pieds, par le battement, dis-je des pieds de ses puissants
chevaux. " (Juges, v, 1 et 22)

Si l'on voulait faire une traduction libre de cette dernièrer phrase, il suffirait de dire:

" Alors ses chevaux ( Il s'agit ici des chevaux de l'ennemi, de l'armée de Sisera) se sont rompu la corne des pieds dans l'impétuosité de leur fuite;"

Mais on aurait tort d'y introduire le mot bride comme l'a fait de Sacy, car ce mot n'existe pas dans le texte hébreu.

Les livres de Josué et des juges prouvent par conséquent que plusieurs peuples de la Palestine se servaient déjà des chevaux quand les Hébreux vinrent s'établir dans ce pays; mais ils sont très loin de faire supposer que ces derniers en aient alors possédé.

Le livre de Josué montre au contraire combien la loi mosaïque était hostile à l'usage du cheval; et les faits suivants indiquent encore que cet animal n'était pas employé par les Israélites pendant le période des Juges.
Débora dit dans son cantique:

" Vous qui montez sur les ânesses blanches, et qui êtes assis dans le siège de la justice, et vous qui allez par les chemins, parlez. " (Juges, V, 10)

Plus tard,

" fut suscité Jaïr, Galaadite, qui jugea Israêl vingt-deux ans; Il eut trente fils qui montaient sur trente ânons, et qui avaient trente villes, qu'on appelle les villes de Jaïr jusqu'à ce jour, lesquelles sont au pays de Galaad. (Juges, V, 3-4.)

Après Elon,

" Habdon, fils d'Hillel, Pirhathonite, jugea Israël. Il eut quarante fils et trente petit-fils qui montaient sur soixanrte-dix ânons." (Juges, XII, 13-14)

Enfin lorsqu'il s'agit de venger l'injure faite au lévite d'Ephraïm par les Benjamites,

" toutes les tribus d'Israël se trouvèrent à l'assemblée du peuple de Dieu, au nombre de quatre cent mille hommes de pied, dégainant l'épée." (Juges, XX,2)

Ainsi tout démontre que, jusqu'à la judicature d'Héli, prédécesseur de Samuel, les Hébreux ne se servaient pas du cheval; les principaux d'Israël étaient encore portés par des ânes; et les montures d'honneur, celles des Juges et des Anciens, étaient des ânesses blanches.

Ces modestes montures ne servaient du reste en aucune façon à porter les guerriers israélites, qui étaient tous fantassins. [....]......

Mais dans le courant du XIe siècle avant J.C., environ cinq cents ans après la mort de Moïse, la période des Juges se termina par l'établissement de la royauté; événement qui eut une influence considérable sur l'histoire du cheval chez les Hébreux, [...]

Piétrement 1882

.

 


Il n'est pas utilisé sous Saül

 

 
[... ]. Samuel, qui avait été élevé dans le sanctuaire et qui devait toute sa fortune au sacerdoce, ne pouvait songer à se faire nommer roi, puisque l'établissement de la royauté était en opposition avec la loi mosaïque.

[....] ce qui nous importe ici, c'est de montrer textuellement, d'après le Bible, le portrait que Samuel fait aux Hébreux du roi qu'il va leur donner, parce que c'est un document précieux pour l'histoire de l'introduction de l'usage du cheval chez les Israëlites.

[....] au moment où Samuel est forcé de se démettre du pouvoir suprême et de nommer un roi, les Israélites ne se servent pas encore du cheval.
[....] les Hébreux exigent la nomination d'un roi et en acceptent toutes les conséquences.
La frayeur des chevaux et des chars de guerre de leurs ennemis les a jusqu'ici empêchés de conquérir les plus riches vallées de la Palestine et les a souvent livrés au joug de leurs voisins;
mais il paraît qu'une partie de la nation est déjà convaincue qu'il est indispensable que les Israélites adoptent l'usage du cheval. Aussi allons-nous bientôt voir l'usage de cet utile auxilliare s'introduire chez eux; cela ne se fera cependant pas subitement; trop d'éléments contraires s'y opposent encore.

Dans la seconde année du règne de Saül :

" les Philistins s'assemblèrent pour faire la guerre à Israël, ayant trente mille chariots et six mille hommes de cheval; et le peuple était comme le sable qui est sur le bord de la mer, tant il était en grand nombre...... Mais ceux d'Israël se virent dans une grande angoisse;" (I Samuel, XIII, 5-7)

Saül battit les Philistins, leur prit des brebis, des boeufs et des veaux; mais l'Ancien Testament ne dit pas s'il leur enleva des chevaux ni ce qu'il en fit.
[...] rien n'indique dans la Bible que Saül ait possédé des chevaux. Il semble même que le jour de sa mort il combattait encore à pied lorsque, vaincu par les Philistins, il fut obligé de se jeter sur sa hallebarde, pour n'être pas pris vivant [...]

" par un chariot et quelques chefs de gens de cheval qui le poursuivaient. " (II Samuel, I, 6).

Il est vrai que quelques auteurs, notamment Paul Gervais (Hist. nat. des mam. , t. I, p. 144) ont invoqué, comme preuve de l'utilisation du cheval par les Israélites du temps de Saül, l'expression soit-disant biblique d'écuyer de Jonathan. [....]

Samuel était mort quelques temps avant Saül; et Is-Boseth, fils de Saül, après un règne de deux ans
(voyez II Samuel, II,10), fut assassiné par ses propres partisans (voyez II Samuel, IV, passim).

Piétrement 1882

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